<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?>
<rss version="0.91" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/">

<channel>
	<title>Communistes internationalistes</title>
	<link>http://internationalistes.org/SPIP/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>

	<image>
		<title>Communistes internationalistes</title>
		<url></url>
		<link>http://internationalistes.org/SPIP/</link>
		<description></description>
	</image>

	


	
		
		<item>
		<title>Palestine : le piège : entre réformisme et intégrisme</title>
		<link>http://internationalistes.org/SPIP/article.php3?id_article=134</link>
		<date>2007-06-15 08:29:08</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Il semble en tout cas que la résistance palestinienne se retrouve coincé dans un piège mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'OLP et son principal parti ; le Fatah ont choisi avec les accords d'Oslo un compromis &quot;historique&quot; semblant ouvrir une issue vers la création d'un état palestinien. Ce parti a tenté de combiner participation aux négociations internationales et lutte populaire avec la première puis la deuxième Intifada. Il était frappant d'écouter en France Leila Shahid insister fréquemment sur le rôle de l'Union Européenne. A l'évidence, cette stratégie tentant de jouer des contradictions entre les deux principales puissances impérialistes que sont l'Union Européenne et les Etats-Unis s'est révélé ces dernières années une impasse.Si Chirac y a gagné une relative légitimité dans les pays arabes, Arafat en est mort, assiégé, emprisonné dans son réduit de Ramallah, président dont les plus grands avaient serré la main mais qu'ils laissaient seul se faire écraser sous les bombes israéliennes malgré la sollidarité de quelques militants internationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il devenait clair que ni la France, ni l'Union Européenne n'allait &quot;sauver&quot; la palestine. Quelques soient les crimes de l'armée israélienne, les rapports de force mondiaux conduisant les dirigeants européens à protester gentiment, tout en continuant leur commerce et leurs alliances militaires au service des états-unis dans la région, du Liban à l'Afghanistan. Le refus de Chirac de la guerre en Irak a pu faire illusion, mais nous savons bien que ce sont d'abord les intérêts économiques français dans la région qui en sont la cause et non pas les souffrances des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le renforcement de l'aggression israélienne notamment avec la construction du mur, l'annexion toujours plus résolue de Jérusalem et la poursuite continue de la colonisation en Cisjordanie créait une situation explosive et il fallait à tout prix casser la représentation unie du peuple palestinien, sa capacité de solidarité dans les pires difficultés. L'intégrisme islamique politique était évidemment une opportunité. Il avait déja servi les intérêts états-uniens pour enliser l'ex URSS en Afghanistan. Pourtant, la révolution iranienne et la politique américaine au moyen-orient rendait la chose difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au Liban, la résistance populaire mettait en échec en 2006 l'armée israélienne sur la base d'une alliance entre un mouvement islamiste et des forces progressistes dont le parti communiste. Emprisonné depuis des années dans les geôles israéliennes, Marwan Bargouti était un symbole capable de rassembler largement des forces palestiniennes du Hamas au parti communiste. Rien n'était donc joué.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La victoire du Hamas aux élerctions montrait certainement à la direction palestinienne la nécessité d'assumer l'échec d'Oslo et de reconnaitre qu'il n'y aurait pas d'accord sur une base portée par les capitales occidentales, que ce n'était pas le changement de Clinton en Bush qui en était la cause, mais bien les intérêts stratégiques des différentes puissances dont joue Israel pour poursuivre coûte que coûte son objectif d'anéantissement du peuple palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les puissances occidentales ont sauté sur l'occasion pour plonger le peuple palestinien dans un piège sans issue. Etranglant l'autorité palestinienne sous prétexte de positions du Hamas qui respectait pourtant depuis des mois la trêve des attentats, l'occident a constamment opposé direction palestinienne et Hamas, financant certains, promettant des armes, alors que personne n'imaginait un seul instant intervenir !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce qui a conduit le Hamas a choisir une guerre civile qui à l'évidence affaiblit la palestine ? Difficile à dire. Bien sûr, le Hamas prendra exemple sur la corruption réelle de l'autorité palestinienne pour parler de &quot;libération&quot;. Mais les morts, les tirs sur les manifestants civils marqueront durablement les capacités de résistance et d'unité. Le résultat est une palestine divisée entre Cisjordanie et Gaza. En tout cas, c'est bien l'armée israélienne qui après avoir détruit Arafat a &quot;libéré&quot; Gaza tout en la maintenant sous pression constante, favorisant objectivement le Hamas et lui offrant potentiellement un &quot;territoire&quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Combien de mercenaires et d'agents des puissances occidentales étaient à Gaza depuis un an ? Qui a fourni les armes, les munitions ? qui a désinformé, provoqué, manipulé ? Peut-être que celà n'a pas été nécessaire, mais ce qui est certain, c'est que Isarel sort renforcé de cette guerre civile, la palestine éclatée et meurtrie, l'uinité palestinienne construite au prix du sang par l'OLP défaite. La stratégie occidentale était depuis longtemps un piège destiné à détruire une lutte nationale progressiste héritière des luttes anticoloniales. D'un coté, l'intégration avec la reconnaissance dans les institutions internationales, les petits fours et les cérémonies, de l'autre la répression et le pourrissement, les armes et la corruption. Il serait mal venu de condamner le peuple palestinien dans cette situation. Entre réformisme et intégrisme, la voie est étroite. Ne faut-il pas dire clairement que seul un point de vue communiste, fondée sur les seuls intérêts du peuple, sans illusion sur les pouvoirs impérialistes peut la faire émerger ? Ne faut-il pas dénoncer avec plus de forces le rôle joué par la France et l'Union Euréopenne dans cet enlisement des palestiniens à Gaza ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rien n'est impossible pour le peuple palestinien qui a montré son incroyable capacité de résistance. Il est donc encore plus important de lui témoigner notre confiance et notre solidarité.
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</description>
		<author>pam</author>
		<dc:date>2007-06-15T06:29:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>pam</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>L'émergence du socialisme</title>
		<link>http://internationalistes.org/SPIP/article.php3?id_article=132</link>
		<date>2006-05-15 19:23:00</date>
		<description>&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;I. L'émergence du socialisme&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question nous est posée à nous et pas seulement à l'Amérique latine, profitons du sommet de Vienne et des négociations entre l'Europe et l'Amérique latine, pour tenter d'éclairer les enjeux :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Beaucoup de nos opinions sur ce qui se passe à Cuba et en Amérique latine dépendent non de « l'objectivité de l'information », étant donné que l'on peut considérer celle-ci comme relevant de la propagande, mais des questions que nous nous posons à nous-mêmes et sur nous-mêmes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais écoutons plutôt la manière dont ce sociologue cubain, que l'on peut qualifier de « critique », rend compte en 2001 d'une discussion avec des amis brésiliens. Les Brésiliens l'interrogent : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Si la gauche gagne les élections en 2002, et si le pays subit un blocus ? Comment survivrait le Brésil dans le monde tel qu'il est aujourd'hui ? »&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Réponse du Cubain : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« La question est révélatrice. Elle concerne un type très spécial d'alternative, la rupture avec l'ordre social existant. En premier lieu, elle s'adresse bien à qui de droit : vous autres, un pays si petit et dépourvu de ressources, si proche des Etats-Unis à tous les sens du terme, vous avez subi et continuez à subir le blocus pour avoir choisi cette alternative. Comment avez-vous pu survivre ? Comment avez-vous pu survivre durant tant d'années, emporter tant de réussites sociales, et infliger tant de défaites à votre ennemi, et encore aujourd'hui alors qu'il est plus puissant que jamais et plus déterminé à poursuivre et à amplifier son blocus ? »&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une telle question, pourtant, ajoute-t-il est mal formulée.. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Premièrement est-ce que gagner une élection est l'équivalent d'établir un gouvernement populaire et celui-ci est-il un pouvoir populaire ? Deuxièmement, le contenu réel et les problèmes de la gestion d'un nouveau gouvernement en 2002, ne sont pas réellement abordés, alors qu'il s'agit pourtant d'une question décisive. Troisièmement, le « Brésil peut subir un blocus », ce qui veut dire qu'il existe des forces très puissantes qui sans doute peuvent mener à bien cette entreprise, et par là vous les supposez invincibles. Enfin quatrièmement, tacitement Cuba et son régime socialiste devient un fait miraculeux, abstrait, a-historique, le « bien »mais il n'appartient pas à ce monde pervers et dur. »&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La question ajoute-t-il révèle des insuffisances, mais elle est fondamentale. Il précise, c'est sur le terrain concret de ce que vit l'Amérique latine et la Caraïbe, la catastrophe des politiques néo-libérales, mais aussi la montée des protestations, que le débat a lieu. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« L'alternative au capitalisme est bien le socialisme »&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A ce titre cela pose selon lui des questions théoriques et concrètes sur ce qu'est le capitalisme aujourd'hui, des moyens que nous avons pour l'affronter, sur le socialisme, est-ce une option réalisable, est-elle viable ? Peut-on vivre dans une région du monde sans en contrôler « le centre » ? « Il est indispensable d'aller au fond de ces questionnements pour une raison très pratique : le socialisme va émerger une autre fois comme proposition pour ce monde, et ceci l'oblige à avancer comme promesse et vouloir se présenter comme politique et comme prophétie. Mais il ne sera pas possible de le tenter sans solder ses propres comptes, sans radicaliser ses projets, sans rediscuter et avancer sur le plan théorique, sans partir de la situation réelle actuelle, sur ses aspects favorables et défavorables et ses tendances, avec l'objectif de changer les choses à la racine ». (1)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est assez bien vu si l'on considère que le livre comme le débat dont il fait état entre Cubain et Brésilien a lieu en 2001. On voit qu'il n'y a pas que Fidel Castro qui « voit loin » puisqu'il a réussi à faire partager sa conviction à ce sociologue « critique », à savoir que même si Cuba est seul à ce moment, la situation intolérable, l'amorce de résistance doit déboucher sur un changement radical, le socialisme. Mais non seulement ce socialisme peut périr, mais il doit se transformer pour affronter les tâches du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour comprendre ce débat entre le sociologue cubain et les Brésiliens, il faut effectivement l'envisager dans son contexte, vingt ans de néo-libéralisme, la situation dans laquelle ont été réduit les peuples de l'Amérique latine et celles des Caraïbes. Il faut bien mesurer que pour une part nous avons une vision tronquée de ce qui se passe dans ce continent si nous limitons l'analyse à la manière dont les Etats-Unis veillent jalousement sur leur arrière-cour, un prolongement de la doctrine Monroe, c'est vrai et complètement dépassé. La doctrine Monroe a été établie dans un souci de « protection » du continent face aux puissances colonisatrices européennes, que cette protection soit celle d'un gangster sanglant est absolument réel, mais à partir des années 80, la donne change, et l'on peut au contraire constater une nouvelle vague néo-coloniale qui s'abat, venue de l'Europe, sur l'Amérique latine, comme d'ailleurs sur le reste du monde. L'Europe et les Etats-Unis vont chasser en meute, meute à laquelle il faut ajouter en Asie, le Japon.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;II. L'Europe et l'Amérique latine&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les années 80, l'Europe fait le choix néo-libéral, y compris des gouvernements socialistes comme celui de François Mitterrand et Felipe Gonzales en Espagne. Ce choix, lié à l'intégration européenne se traduit au plan interne par de grandes restructurations qui touchent des pans entiers de l'industrie. Dans le même temps la France, comme l'Espagne reçoivent des fonds d'investissement destinés à favoriser la transition vers une économie de biens et de services. Mais ce remaniement interne qui est présenté comme une harmonisation de l'intégration s'accompagne d'autres mouvements. Il y en a deux d'essentiels : se mettent en place des mécanismes de protection du Nord face aux produits du sud et surtout se constituent des transnationales européennes, avec l'aide financière et légale des gouvernements européens, transnationales qui sont dirigés vers les pays du sud. Une nouvelle flotte de Christophe Collomb est lancée vers l'Amérique latine. Les transnationales d'Espagne et dans une moindre mesure la France qui reste puissance coloniale dans les Caraïbes se sont jetées sur le continent, avec un appétit et une brutalité qui ne le cèdent en rien à ceux des conquistadors de jadis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notons tout de suite que si cela s'est fait dans le cadre néo-libéral de la construction de l'Union Européenne, le rôle des gouvernements nationaux a été essentiel, ils ont littéralement porté à bout de bras, à coup d'investissements publics « leurs » transnationales, les restructurations internes, les budgets nationaux, tout a été mis à la disposition de la nouvelle flotte. On mesure bien que la fable, qui voit dans le néo-libéralisme la fin de l'Etat, le retrait des investissements étatiques au profit du seul « marché », est complètement battue en brèche par la réalité. Non seulement l'opération a lieu à travers la mise en place d'un espace national super-étatique, l'Union Européenne, mais les transnationales ont été créées dans un cadre légal et budgétaire des Etats-nationaux qui en adoptant la politique néo-libérale détournaient l'économie de leur propre pays, entamaient les restructurations, privatisaient et mettaient en pièce, non pas l'Etat, mais l'Etat « providence », les protections sociales, une offensive généralisée contre le travail, au profit de ces transnationales qu'il fallait renforcer pour les rendre aptes à entrer dans la mondialisation concurrentielle . L'accumulation nécessaire passait par la mobilisation des ressources nationales et supranationales en leur faveur, mais aussi par un néo-colonialisme dont une nouvelle fois la vocation est le pillage.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces multinationales européennes n'ont pu agir en Amérique latine comme dans le reste des pays du Sud que parce qu'elles étaient soutenues par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, dominées on le sait par les Etats-Unis. Il s'agit là des institutions clés, mais il faut voir que les Etats-Unis et leurs alliés- vassaux européens, n'ont pu agir qu'en prenant d'assaut la totalité des organisations internationales, l'ONU y compris. Comme d'ailleurs les Institutions nationales et supranationales ont été remodelées comme instruments du système. Donc ces multinationales européennes étaient soutenues par la banque mondiale et le FMI, les prêts du FMI aux pays du sud étaient subordonnés au respect de la doctrine néo-libérale, privatisations à outrance, pression sur l'emploi et les salaires, destruction des protections sociales, auquel il faut ajouter le poids de la dette qui pèse sur ces pays et qui les condamne à emprunter non pour investir mais pour rembourser les intérêts, des intérêts, un gouffre mathématiquement impossible à combler. De telles politiques n'ont pas pu se mette en place sans la complicité active des gouvernements en place, une frange de la population en a même bénéficié au dépends de l'immense majorité de la population qui s'est enfoncée dans une pauvreté de plus en plus dramatique. Car c'étaient aux conditions dictées par le FMI, que les multinationales investissaient, télécommunication, eau, énergies, dans les ressources vitales autant que dans les secteurs stratégiques. Ces investissements, loin de se traduire par de nouvelles richesses, par de l'emploi, exigeaient un taux de profit usuraire, rapatrié immédiatement, avec démantèlement des emplois, mise au chômage, les services escomptés n'étaient même pas rendus et entraînaient le vieillissement et l'obsolescence des installations autant que le sous équipement en matière d'infrastructure du pays. Les années 90 ont été les années fastes pour ces prédateurs. La situation s'est dégradé à un point tel que tandis que ces transnationales accumulaient des bénéfices de plus en plus monstrueux, pour les populations cela se traduisait y compris en terme de réduction de l'espérance de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne comprend rien à la résistance qui commence à s'organiser dans les pays du sud et singulièrement en Amérique latine si on ne l'explique pas dans le contexte de ces vingt ans de mise en coupe réglée et des conséquences d'une application dogmatique des recettes néo-libérales. La crise argentine a été un choc parce qu'elle a fait plusieurs démonstrations, c'était un pays considéré comme le plus riche d'Amérique latine, il était considéré comme le meilleur élève du FMI, celui où les transnationales Etasuniennes mais aussi européennes trouvaient un terrain d'exercice privilégié.(2) La crise qui l'a frappé et qui a atteint les autres pays du Mercosur, l'union commerciale qui regroupait alors l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay, a non seulement atteint les couches les plus pauvres de la population, mais à réduit en peu de temps à la misère les couches moyennes. (3) Cette expérience était celle d'un continent, et elle avait été précédée par le séisme qui avait déferlé sur le Mexique, sur toutes ces questions, nous renvoyons notre lecteur au panorama tracé dans notre livre les Etats-Unis, DE MAL EMPIRE, ces leçons de résistance qui viennent du sud. Le titre ne doit pas en effet nous masquer que si les Etats-Unis sont la pièce centrale du dispositif, l'occident et ses transnationales chassent en meute, nous consacrons d'ailleurs le dernier chapitre de notre livre à l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour que le panorama soit complet, il faudrait y ajouter un trait de la période considérée : non seulement l'écroulement de l'Union Soviétique n'a pas arrêté la course au surarmement mais elle l'a intensifiée. On peut même caractériser la période comme l'ont fait deux stratèges chinois, par une « guerre hors limites »(4). Disons tout de suite qu'à la chute de l'URSS, les Etats-Unis perdent un des fondements de leur hégémonie reconnue par l'Europe de l'ouest, la protection militaire qu'ils offrent à celle-ci contre l'URSS et ses alliés. Nous verrons que l'on peut considérer la guerre du Golfe de 91, et aussi l'intervention en Yougoslavie comme une mise au pas de l'Europe et du Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus généralement en ce qui concerne l'Amérique latine, le rôle traditionnel d'intervention armée ou celui de la CIA, demeure en toile de fond pour dompter les velléités d'indépendance des gouvernements, et les mouvements sociaux. Ce rôle de protection est celui qui garantit aux transnationales leur pillage.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Face à cette situation, si l'on reprend le dialogue entre les Brésiliens et le sociologue cubain, la question est bien celle de la rupture avec l'ordre social existant, non par idéologie mais parce qu'il est impossible de continuer comme ça. En Amérique latine, tous les gouvernements de gauche élus dans la dernière période, apportent une contribution au processus de résistance, mais dans un contexte profondément différents de soumission ou non à l'ordre néo-libéral, qui est celui d'une résistance aux Etats-Unis Et elle s'adresse à qui de droit en interpellant un Cubain. Car Cuba non seulement survit mais fait la preuve par son existence même, par ses réalisations impressionnantes, qu'il y a une alternative. Cette alternative est le socialisme. Sans ce fait incontournable, on ne comprend rien à la propagande qui est déversée non seulement contre Cuba, mais contre des pays comme la Bolivie, ou le Venezuela, essentiellement à travers leurs dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En Amérique latine, tous les gouvernements de gauche élus dans la dernière période, apportent une contribution au processus de résistance, mais dans un contexte profondément différents de soumission ou non à l'ordre néo-libéral, qui est celui d'une résistance aux Etats-Unis, l'interprétation du rôle joué par l'Europe est différent suivant les politiques privilégiées par ces pays.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'Amérique latine et, même Cuba, ont vu pendant longtemps dans l'Europe une alternative aux Etats-Unis. Non seulement l'Europe pourrait faire contre poids, mais elle présentait un modèle social d'intégration des peuples qui pourrait servir de modèle au sous-continent à la recherche d'unité. De même les transnationales européennes seraient meilleures que celles venues des Etats-Unis. Disons tout de suite que cette vision perdure même si elle battue en brèche par la réalité. Les Cubains, après une période d'illusion, en sont revenus. L'Europe a un double visage, d'un côté elle affirme la noblesse de ses intentions, l'aide au sous développement et le partenariat égalitaire, mais sa pratique est bien différente. Les pays du Sud détenteurs des principales réserves énergétiques et minières de la planète et de l'essentiel des réserves d'eau et des ressources de la biodiversité sont tenus de mettre leurs richesses à la disposition des transnationales du Nord qui détiennent les technologies et le capital. Et c'est pourquoi dans le sommet Amérique-latine Europe, tous les gouvernements européens, de droite ou socialistes, s'agitent en réclamant un cadre juridique face à la nationalisation des hydrocarbures décidée par la Bolivie. ils veulent bien parler de coopération, de développement mais pas touche à leurs multinationales... C'est ce que leur a dit Cuba dès l'ouverture de la séance, en dénonçant l'hypocrisie européenne et en claquant la porte. Cuba peut se le permettre, mais la situation est déjà un peu plus compliquée pour le Venezuela et la Bolivie, qui pourtant ont la même opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut même affirmer qu'une des caractéristiques du front des « durs », Cuba, le Venezuela, et aujourd'hui la Bolivie, est non seulement la fermeté face à l'impérialisme nord-américain, mais la dénonciation des illusions sur l'Europe. La décision d'Evo Morales de nationaliser les hydrocarbures de son pays touche autant sinon plus les intérêts européens que nord-américains. En effet, Quelque 26 multinationales dont Total, Repsol (Madrid : REP.MC - actualité) -YPF (Espagne), Exxon (Etats-Unis), British Gas (GB),Petrobras (Brésil), sont visées par le décret de nationalisation qui leur impose de remettre la propriété des gisements et l'exploitation à la compagnie publique bolivienne YPFB. Les groupes ont 180 jours pour
revoir les conditions de commercialisation du gaz. La Bolivie détient après le Venezuela les deuxièmes réserves de gaz d'Amérique du Sud, estimées à environ 1.550 milliards de mètres cubes. La production de Total dans ce pays s'élève à 21.000 barils équivalant pétrole (bep) par jour, soit 1,2% de la production mondiale du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme nous le verrons dans un chapitre prochain consacré à ce sujet, aujourd'hui c'est une véritable stratégie qui se développe en Amérique latine, stratégie que nous avons esquissée dans notre livre DE MAL EMPIRE, stratégie dans laquelle s'imbrique des résistances diverses et où seuls une minorité de pays posent pour eux-mêmes et non dans leurs alliances la question de la rupture totale avec l'ordre social existant, la construction du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est par rapport à ces enjeux, qu'il faut analyser la propagande déversée par les médias :&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;III. L'interprétation médiatique :&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Prenons quelques exemples, à la fin du mois d'avril et début mai, sont intervenus il entre une série d'événements, d'abord la nationalisation des hydocarbures par Evo Morales, le président de la Bolivie, la signature à Cuba le 28 avril par le même Evo Morales de l'ALBA, l'accord signé déjà par Hugo Chavez et Fidel Castro qui base les coopérations entre les trois peuples sur des coopérations solidaires. Enfin le 12 mai s'est ouvert le sommet de Vienne sur les coopérations entre l'Europe et l'Amérique latine. Auquel, il faut ajouter un autre événement que nous analysons plus avant, l'élection de Cuba à la nouvelle Commission des Droits de l'homme de l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Prenons l'image savante, celle qui prétend apporter des analyses sur la géopolitique et dont le journal Le Monde reste la référence, comme en Espagne le journal El Païs. (5) Une information qui tranche sur le tout venant de la télévision par son « information » de qualité et donc sur son « objectivité » et qui s'adresse théoriquement à des couches diplômées exigeantes, mais qui en fait donne le « ton » à l'ensemble de la presse et aux grandes radios et à la télévision.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le « spécialiste » de l'Amérique latine du Monde, le brésilien A.Paranagua écrit un article intitulé « L'Amérique latine en proie à la division », celui-ci publié en ligne le 11 mai et dans l'édition papier du 12 mai 2006,mérite d'être cité en entier. » Notons qu'à la veille de l'élection triomphale d'Evo Morales en Bolivie, le même Paranagua, avait écrit un article venimeux sur les tendances dictatoriales du dit Evo Morales.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'Amérique latine en proie à la division, par Paulo A. Paranagua&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;LE MONDE | 11.05.06 | 14h47 . Mis à jour le 11.05.06 | 14h47&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'Amérique du Sud se présente en ordre dispersé au quatrième sommet Union européenne-Amérique latine et Caraïbes, qui s'ouvre vendredi 12 mai à Vienne. Les deux mécanismes d'intégration sud-américains sont en crise. Le retrait annoncé du Venezuela de la Communauté andine des nations (CAN) met la Colombie, le Pérou, l'Equateur et la Bolivie au pied du mur, sommés par le président vénézuélien, Hugo Chavez, de choisir entre des traités de libre-échange avec les Etats-Unis et la fidélité au bloc régional formé en 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Mercosur, union douanière créée en 1991, se trouve menacé par les tensions économiques et commerciales entre l'Argentine et le Brésil, et par l'insatisfaction de l'Uruguay et du Paraguay, également attirés par les opportunités offertes par le marché américain. Le Venezuela, qui a théoriquement adhéré au Mercosur en décembre 2005, a joué, là encore, les trublions, puisque Caracas a soutenu la grogne des petits pays, tout en s'alignant sur les grands dans le conflit entre Argentins et Uruguayens à propos de la construction de deux usines de cellulose.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans être un litige suscité par le Mercosur, cette dispute entre les deux rives du rio de la Plata n'en montre pas moins l'impuissance de la diplomatie régionale et du tribunal installé à Asuncion, destiné à la solution des controverses. &quot;Ce sont des signaux qui ne sont pas faciles à interpréter en Europe&quot;, avouait le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, en visite à Brasilia, le vendredi 5 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, en décembre 2004, à Cuzco (Pérou), une Communauté sud-américaine des nations avait été lancée, devant englober la CAN et le Mercosur. L'Amérique du Sud mettait l'accent sur l'intégration physique. Trois institutions de crédit - la Corporation andine de développement (CAF), la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Banque brésilienne du développement (BNDES) -, semblaient en mesure de soutenir les projets inventoriés par l'Initiative pour l'intégration de l'infrastructure régionale sud-américaine (IIRSA).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout cet échafaudage, fruit de tractations laborieuses, est désormais déstabilisé par la polarisation idéologique entre le centre gauche sud-américain et le populisme incarné par Hugo Chavez. Le Vénézuélien brigue l'héritage de Fidel Castro, qui aura 80 ans en août, et ne cesse de pourfendre &quot;l'impérialisme américain&quot;. Cela n'empêche pas le Venezuela d'intensifier les échanges avec les Etats-Unis : les exportations sont passées de 15,2 milliards de dollars en 2001 à 34 milliards en 2005 et le prix du baril de pétrole n'en est pas le seul responsable. Les importations ont augmenté de 5,6 milliards à 6,4 milliards de dollars. M. Chavez n'a cessé d'accroître la part des compagnies étrangères dans l'exploitation pétrolière, tout en taxant davantage leurs bénéfices.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le brut vénézuélien n'a pas besoin de libre-échange : faut-il pour autant condamner les industriels et les producteurs qui ne peuvent pas se passer d'accès aux marchés des pays développés ? La signature d'un traité de libre-échange avec les Etats-Unis n'a pas empêché le Mexique et le Chili de s'opposer à la guerre en Irak au Conseil de sécurité des Nations unies, ni le président mexicain, Vicente Fox, de défendre les droits des immigrés latinos. Pas plus que l'élection à la tête de l'Organisation des Etats américains (OEA) d'un socialiste chilien, José Miguel Insulza, préféré, pour la première fois dans l'histoire, au candidat de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Nous ne voulons pas un climat de guerre froide en Amérique latine&quot;, souligne Marco Aurelio Garcia, conseiller diplomatique du président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva. &quot;La guerre froide est finie. La diplomatie du Brésil à l'égard de l'Amérique du Sud et du reste du monde n'est pas basée sur le préfixe &quot;anti&quot;. Nous ne sommes &quot;anti-personne&quot;. Nous sommes &quot;pour''&quot;, insiste M. Garcia, un des premiers dirigeants de la nouvelle gauche sud-américaine à théoriser les coalitions de centre gauche comme une leçon de la tragique expérience de Salvador Allende au Chili, qu'il a connue aux premières loges. &quot;Je ne suis pas d'accord avec beaucoup d'aspects de la rhétorique de Chavez, ajoute-t-il dans un entretien à la Folha de Sao Paulo. Certaines interventions de Chavez ne me paraissent pas les plus appropriées.&quot;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;COMME UNE AUTO TAMPONNEUSE&quot;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parmi les interventions déplacées figurent les grossièretés assenées par M. Chavez à ses homologues et à d'autres personnalités, et son ingérence dans la campagne électorale au Pérou ou au Nicaragua. &quot;Chavez agit comme une auto tamponneuse&quot;, pointe le social-démocrate vénézuélien Teodoro Petkoff, son challenger à l'élection présidentielle de décembre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La mise en scène guerrière organisée pour annoncer la nationalisation des hydrocarbures en Bolivie, décidée par le président Evo Morales le 1er mai, a ravivé les tensions. &quot;Malgré les intérêts divergents qui se sont exprimés à cette occasion, il y a une réelle interdépendance, car les Boliviens doivent vendre leur gaz et les acheteurs naturels sont leurs voisins, précise Félix Peña, à l'université Tres de Febrero, à Buenos Aires. Faire de l'énergie un vecteur d'intégration et non de divergence entre les pays, voilà le défi.&quot; Ce spécialiste croit aux synergies entre le Brésil, l'Argentine et le Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'intégration est un défi à la fois économique et politique, social et culturel. Cependant, si les affinités idéologiques prônées par M. Chavez avaient vraiment été une condition à la convergence entre les pays, l'Europe serait toujours à la case départ.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En Amérique latine, la conjonction du nationalisme et du corporatisme refuse la moindre cession de souveraineté. Ainsi le Mercosur reste un nain institutionnel, avec un minuscule secrétariat technique dont les rapports sont confidentiels. Et les sommets présidentiels ne suffisent pas à régler tous les problèmes, surtout lorsque l'intendance ne suit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ces conditions, la fuite en avant et les effets d'annonce deviennent une tentation, comme vient de le prouver l'entrée du Venezuela au Mercosur, avant même les négociations sur les conditions d'adhésion. Le Mercosur n'est pas un forum politique - comme le Groupe de Rio -, mais une union douanière encore imparfaite, régie par des traités et des accords dans divers domaines, que tout nouveau pays membre doit souscrire et transcrire dans sa législation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelles que soient ses imperfections, l'intégration latino-américaine n'avancera pas en faisant table rase de la CAN et du Mercosur, sans oublier l'Amérique centrale, dont les avancées à côté du Mexique restent méconnues, mais n'en sont pas moins réelles. (6) &lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout mériterait d'être repris et commenté dans cet article, non seulement les termes qui sont associés aux dirigeants de la Bolivie et du Venezuela, mais certaines affirmations comme « les avancées à côté du Mexique » qui de l'Amérique centrale, alors même que l'ALENA, le plan Pueblo Panama sont considérés comme de véritables catastrophes sur le plan économique, social et même écologique, restons sur le fond, la manière dont il accentue les oppositions entre pays capables de s'entendre avec les Occidentaux et « les trublions ». Arriver dans un tel contexte à transformer la position anti-impérialiste de Fidel Castro en pure manie d'un dictateur, et celle d'Hugo Chavez, qui prétendrait à « son héritage » est une matière d'exploit. Mais restons sur un point essentiel, celui de la nationalisation des hydrocarbures par Evo Morales le premier mai 2006, précédé de la signature d'un accord le 28 avril entre Cuba, le Venezuela et la Bolivie à La Havane.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'article de Paranagua dans le Monde est à rapprocher de la brutale de la déclaration de Thierry Desmarest le PDG de Total rapportée par le quotidien les Echos le 15 mai 2006. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Le groupe pétrolier français Total, présent en Bolivie via une participation dans deux gisements de gaz, ne restera pas dans le pays en proie à une nationalisation des hydrocarbures &quot;à n'importe quelles conditions&quot;&lt;/i&gt;, affirme, le PDG du groupe Thierry Desmarest.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;En Bolivie, notre position est simple : Total est venu dans ce pays, y a créé de la richesse en faisant des découvertes de gaz relativement importantes et considère qu'il peut encore apporter beaucoup en mettant ces gisements en production. Il ne le fera pas à n'importe
quelles conditions&quot;, déclare M. Desmarest. &quot;Nous attendons également que les choses s'éclaircissent au Venezuela où les règles du jeu ont été changées à plusieurs reprises et de
manière assez brutale. Espérons que la raison prévaudra dans un cas comme dans l'autre&quot;, poursuit le PDG du groupe. » (7)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le tableau qui est brossé a une finalité, derrière une sorte de parenté entre l'Europe et les dirigeants modérés d'Amérique latine, l'appui est total à la stratégie de Bush, isoler les « meneurs », et puisque faire signer l'ALCA (la Zone de libre échange de l'Amérique) s'avère impossible, multiplier les traités bi-latéraux entre les Etats-Unis et les pays d'Amérique latine. Elle repose à la fois sur l'opposition entre dirigeants modérés et « meneurs » en Amérique latine et sur une interprétation complètement fallacieuse du « modèle » européen, de ses transnationales, qui ferait de l'Union Européenne un « refuge » face à l'agressivité nord-américaine et l'exemple d'intégration sur un modèle social que pourrait suivre l'Amérique latine si quelques « trublions » ne tentaient pas d'empêcher cet avenir radieux. (8)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est clair que le vote Non à la Constitution européenne de mai 2005, des Français suivis par les Hollandais, a dit clairement ce que les peuples européens qui étaient consultés directement pensaient du caractère « social » de l'intégration européenne et ce, malgré le fait que les principales forces politiques de ces pays les invitaient à voter OUI et que les « médias » dans leur quasi unanimité faisaient pression en faveur de cette option. Ce vote, comme d'ailleurs la grande mobilisation victorieuse contre le CPE témoigne du fait de la montée des résistances contre l'ordre néo-libéral. Il faudrait également analyser les grèves, parfois en rupture, avec les directions syndicales qui se multiplient. Mais ce refus des conséquences des politiques néo-libérales sur leur propre vie, ne s'accompagne pas d'une compréhension de la nature profonde des mécanismes à l'&#339;uvre en Europe, et dans le reste du monde. Elle peut au contraire, et tout est fait en ce sens par le politico-médiatique, jouer sur l'effet d'isolement, de perte des repères, non seulement entretenir des illusions, voir provoquer de l'hostilité, sur le système planétaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On comprend bien la ligne de Paranagua et de son journal, elle colle au plus près des intérêts des multinationales, mais on a plus de mal percevoir la ligne éditoriale du journal en matière politique, comme une grande partie de la presse, sa dérive vers la droite est réelle au point aujourd'hui de soutenir plus ou moins clairement Sarkozy, mais en conservant une caution de gauche, son objectivité consistant à permettre au lecteur de naviguer entre ces deux rives sans nausée. Ainsi cette presse contribue à la construction d'un champ politique où gauche et droite se confondent, tout ce qui dépasse étant exclu de la « visibilité médiatique » et donc jeté dans « la spirale de l'oubli ». Rares sont les politiques encore plus les intellectuels, les créateurs, qui osent affronter cette mise au placard.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette création de l'espace public, dessine sous nos yeux le visage politique de Europe, face à la montée des mécontentements : il est possible que ce qui se passe en Allemagne s'étende à d'autres pays européens, des coalitions larges regroupant la droite et la gauche pour faire avancer l'intégration européenne sous sa forme concurrentielle, néo-libérale de plus en plus vassalisée aux Etats-Unis, et dans lesquelles la peur des « extrêmes » est utilisé à la fois comme un repoussoir et un éclaireur .(9) Il ne s'agit pas seulement de préférences journalistique mais bien d'une stratégie politique d'appui à la politique des transnationales. Face à la montée des mécontentements, on peut considérer que le temps de leur toute puissance, celle de la contre-révolution victorieuse et sans rival, comme d'ailleurs celui de l'Empire étasunien, sont passés. Il n'y a pas qu'en Amérique latine, au c&#339;ur même des pays occidentaux, la politique néo-libérale est contestée. Les coalitions larges, sont des solutions de fait ou amorcées en cas d'impossibilité de gouverner, ce qui se passe en Italie est également illustratif. En France, l'appel à voter Oui à la constitution européenne émanant à la fois du PS et de la droite, sans parler des Verts, témoigne de cette logique, comme d'ailleurs le refus de s'engager sous des prétextes divers des directions syndicales. Cette logique ne date pas de hier et nous l'avons vu à l'&#339;uvre dans les années 80, quand toujours sous couvert de l'intégration européenne des gouvernements socialistes de l'époque adoptent des politiques néo-libérales tant sur le plan national qu'international, mais aujourd'hui l'hypothèse des grandes coalitions est un seuil supplémentaire franchi. Dans le cadre de la préparation de l'union sacrée de la droite et de la gauche, nous avons aujourd'hui un champ politique marqué par une alternance sans véritable alternative où droite et gauche pratiquent la même politique. Comment en sommes-nous arrivés là ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Disons que la chute de l'ex-URSS et celles des pays socialistes européens va entraîner un certain nombre de conséquences, d'abord une vague de discrédit sur le socialisme lui-même, qui non seulement s'est effondré sur lui-même tel un château de carte, mais sans qu'il y ait de réaction des peuples concernés pour le défendre. Cet atonie est mondiale, les statistiques du BIT, montrent que durant les décades 80 et 90, les mouvements revendicatifs ont quasiment disparu, à l'exception notable de la Corée du Sud, de la France en 95, et on peut également noter la protestation zapatiste du Chiapas contre l'ALENA et plus généralement la crise sociale et économique qui secoue le Mexique. L'adoption des politiques néo-libérales, l'ordre mondial qui se met en place, ne rencontre pas de résistances. Mieux les forces organisées susceptibles de lutter connaissent une véritable débâcle. Les partis communistes, en particulier en Europe, ont une histoire, celle-ci les avait conduit sous des formes diverses à adopter une ligne de défense du bastion qu'était l'URSS, ce que nous tenterons d'analyser. L'affrontement avec l'URSS a eu des conséquences multiples, l'anticommunisme a régné en maître en Europe. Tout cela mérite une analyse qui ne soit pas seulement celle de la vague contre-révolutionnaire qui a déferlé sur l'Europe et nous sommes d'accord avec la position du sociologue cubain par laquelle nous avons commencé notre propos : « le socialisme doit solder ses comptes »... Faute d'une telle analyse les partis communistes ont adopté plus ou moins celle de la contre-révolution et ont cherché leur survie dans une « abjuration » tout azimuts. Si l'on ajoute à cela, le fait qu'avec l'effondrement du socialisme, les « solutions social-démocrates » n'avaient plus de raison d'être, le compromis entre le capital et le travail sur lesquels elles reposaient, avait perdu son utilité politique. Mieux, la crise du capital qui avait débuté dans les années 70, témoignait de l'impossibilité de recourir efficacement aux solutions keynesiennes en faveur d'intervention de l'Etat relançant le plein emploi et la consommation. L'extension et l'ampleur de la vague néo-libérale, la révolution « conservatrice » ou plus simplement contre-révolutionnaire ne s'explique pas seulement par la débâcle communiste, mais c'est toute la gauche qui perd ses repères.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette gauche en déshérence, le mouvement syndical lui-même attaqué dans ses bastions par les vagues de privatisation, voit sa survie dans une politique de « conciliation » alors même qu'il n'y a plus rien à négocier puisque le capitalisme triomphant accélère son avancée irrésistible. Inutile de dire à quel point l'idée même du socialisme paraît hors de portée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un tel contexte le choix de Cuba paraît non seulement comme le dit Aznar une anomalie mais a-historique. L'interprétation qui sera faite de cette résistance est doublement absurde : premièrement Cuba serait un petit morceau de l'URSS qui subsisterait sous les tropiques, ne tient pas compte du fait pourtant essentiel que si la puissante URSS et les pays socialistes de l'Europe se sont effondrés, Cuba au contraire résiste et ce dans les pires difficultés. Attribuer à Fidel Castro, à son « génie » ou à son « pouvoir totalitaire », cette résistance n'est guère plus logique. Là encore, l'effondrement de l'URSS et des pays socialistes s'inscrit a contrario d'une telle explication dont pourtant se contenteront non seulement la droite mais l'ensemble des forces de gauche, les communistes eux-mêmes. La manière dont ils se prêteront à une telle interprétation de Cuba, témoigne non seulement de la confusion idéologique qui est là leur, mais de la manière dont ils ont choisi de survivre. Il s'agit de conserver des positions politiques, élus, moyens financiers, et une « visibilité » dans le politico-médiatique à défaut de celle que représentait jadis la mobilisation des militants (10), et cela passe par une soumission de fait à la force hégémonique dominante de la gauche, le PS, comme d'ailleurs le fait de se démarquer systématiquement de « l'échec socialiste ».(11) Ce à quoi, il faut ajouter dans le cadre d'une conformité systématique à « la tendance », le refus de mener le combat sur les questions internationales, considérées comme trop loin des « préoccupations des gens ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'agit là du tableau le plus sombre que l'on puisse brosser de l'état de la gauche en France, il est bien réel et permet de comprendre non seulement l'attitude de la gauche à l'égard de Cuba et celle des communistes français, mais le report des mêmes enjeux sur l'ensemble de la situation en Amérique latine. Comme nous l'avons vu la position du journaliste du Monde n'a rien d'étonnant, mais que penser d'un article en ligne le 6 mai 2006, de l'Humanité qui témoigne à la fois d'une ignorance du dossier et sur le fond d'une position assez semblable sur la signature de l'Alba par Evo Morales le 28 avril. L'article intitulé « la sainte trinité » fourmillait d'erreurs factuelles (12), mais, la journaliste feignant « l'objectivité », la distance avec l'événement, laissait planer le doute sur la manière dont l'Alba risquait de détruire le Mercosur, puisque disait-elle l'Argentine et le Brésil ne voudraient pas entendre parler de l'Alba et donc Chavez serait en difficulté au sein du Mercosur. Non seulement Chavez avait signé l'Alba, il y a un an sans que cela pose problème au Mercosur, mais les dits gouvernements venaient d'appuyer la nationalisation des hydrocarbures décidés par Evo Morales. Cet article ne passera pas dans l'édition papier de l'humanité, et on peut même considérer qu'après une longue période d'errements non seulement sur Cuba, mais sur toutes les questions internationales et en particulier sur l'Amérique latine, ce journal s'il continue à faire le black out sur Cuba, adopte plutôt des positions favorables à Chavez et à Evo Morales.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car en rester à ce sombre tableau ne permettrait pas de mesurer ni ce qui bouge, ni les points d'appui, dans la gauche et dans le mouvement syndical sous la pression du mécontentement. Est-ce un hasard si Evo Morales le 13 mai se rend à Paris, au Conseil Général du Val de Marne(dont le Président est membre du PCF), accompagné de danielle Mitterrand pour solliciter un appui sur la question de l'appropriation de l'eau par le peuple bolivien ? S'il obtient non seulement un soutien moral mais financier de la majorité socialo-communiste ?... Certes l'évolution des directions politiques n'est pas à la hauteur du mécontentement populaire, puisque non seulement deux grandes formes de protestation populaire qu'ont été à peu d'intervalle le Non à la Constitution européenne et les grandes manifestations sur le CPE débouchant sur un recul gouvernemental, paraissent n'avoir comme perspective que des jeux politiciens où chacun paraît avoir à c&#339;ur de détruire non l'adversaire mais le concurrent potentiel, et ce sur des questions d'image, des « scandales », mais l'absence d'alternative est patente.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela est le principal handicap auxquels se heurtent les alliances en vue d'un changement, même le rassemblement au premier tour d'une extrême-gauche anti-libérale, paraît limitée par le contexte du débat politique. Non seulement parce que la dite extrême-gauche a un programme dont le fond n'a rien de socialiste, il n'est même pas question de nationalisation,(14) ni de remise en cause de l'Union Européenne, et de ce fait l'opération paraît entièrement destinée à éviter l'émiettement de 2001 et le report au deuxième tour sur le candidat socialiste, qui bien sûr pratiquera l'alignement sur la droite, tant au niveau du néo-libéralisme que sur la question européenne. L'idée d'un regroupement anti-libéral n'est pas à négliger mais nous renvoie aux questions posées à ses amis brésiliens par le sociologue cubain : « est-ce que cette élection va déboucher sur un gouvernement populaire ? » Il est clair que non. Il s'agit de battre la droite et par là d'élire un candidat socialiste. Celui-ci sera-t-il en quoi que ce soit contraint par la force du Front anti-libéral qui aura permis de le faire élire ? Quelle base populaire peut permettre une telle stratégie ? Les comités du NON, comme cela était prévisible, ne sont en rien susceptibles d'organiser une telle mobilisation. Rien n'est joué mais le problème essentiel est bien celui des contenus, des solutions à apporter, c'est pourquoi si l'on veut éviter un désespoir qui ne peut déboucher que sur la fascisation, il faut aborder de fond toutes les questions et en particulier à partir de la crise dans sa dimension nationale et internationale oser poser la question de l'alternative socialiste. Non pas la proclamer comme une finalité en soi, mais oser avoir un programme qui aille vers une rupture avec l'ordre existant. Autrement on ne voit pas très bien l'utilité d'un regroupement anti-libéral sinon pour ratisser large en vue d'un deuxième tour. C'est pourquoi tout en considérant avec une certaine sympathie la proposition, je me refuse à signer les appels pathétiques mais encore creux qui parviennent de partout, y compris celui lancé dans l'humanité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autre question sur laquelle il faut examiner le consensus droite-gauche et l'intégration européenne, celle des droits de l'Homme. Peut-on analyser la manière dont la France et l'Europe prétendent faire pression à propos des Droits de l'homme à Cuba en ignorant totalement les enjeux réels du processus tel qu'il est entamé en Amérique latine ? (15) Car si les dangers de fascisation du système sont bien réels, la lutte pour la démocratie est une exigence incontournable, mais cela passe aussi par une révision de fond de la manière dont on vide ce concept de tout sens, en le transformant en simple rituel, voire en procédés destinés à empêcher l'intervention des peuples sur leurs problèmes, à leur trouver des solutions.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;IV. Les Droits de l'homme et l'ONU&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dernier exemple, devrait nous permettre de comprendre deux faits essentiels, d'un point de vue stratégique :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; Nous avons noté comment depuis les années quatre-vint les institutions juridiques, les règles qui régissent les organisations internationales, ont été modelées pour favoriser la vague néo-libérale, rien n'y a échappé, même pas l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; Cependant et contradictoirement, et là encore l'exemple de Cuba devrait nous aider à percevoir la réalité de la période dans laquelle nous sommes, même ces institutions sont peu à peu apparues aux puissances occidentales, et surtout aux Etats-Unis comme d'insupportables entraves car au fur et à mesure où montaient les résistances ces institutions devenaient le siège de batailles. Nous sommes au niveau de la légalité internationale dans une situation comparable à celle qu'analysait Engels, la démocratie fut-elle bourgeoise est meilleure que la tyrannie de l'arbitraire pour les luttes. Nul n'a mieux intériorisé ce principe que Cuba qui ne renonce jamais à oeuvrer dans les institutions internationales pour les démocratiser, en particulier pour y faire entendre la voix des peuples du sud, et à dénoncer dans ces tribunes internationales les violations de droit, même si comme le vote tous les ans de la quasi-totalité des gouvernements du monde contre le blocus n'est jamais suivi d'effets concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans ce cadre général qu'il faut analyser ce qui vient de se passer à l'ONU, concernant les Droits de l'homme et &quot;le traitement médiatique&quot; du sujet en France.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 9 mai 2006, jour même où l'Assemblée Générale de l'ONU inflige un camouflet aux Etats-Unis en élisant Cuba à la Commission des droits de l'homme, alors même que les Etats-Unis n'osent même pas se présenter pour un siège à cette commission, en France la télévision, le média dominant, relaie l'information bidon de la fortune imaginaire de Castro et ne dit pas le moindre mot sur le vote de l'ONU. Nous avons là un raccourci de la manipulation ordinaire : censurer les fait significatifs, ceux qui permettent de comprendre l'état réel du monde et sous couvert d'une information devenu « divertissement », donner crédit aux calomnies sur un dirigeant, contribuer à construire une image mensongère. Si l'on en croît cette « image », qui a fini par devenir dominante en Europe, en France en particulier, Fidel Castro serait un « dictateur » qui imposerait à son malheureux peuple un choix socialiste qui aurait fait faillite partout ailleurs. Voici la formule lapidaire qui le désigne sur le site de Reporters Sans Frontières : « Le président cubain est le doyen des dictateurs de la planète. Le secret de sa longévité ? Interdire la critique. » A une majorité des deux tiers, malgré la pression considérable des Etats-Unis et de leurs alliés européens, tous les pays de la planète s'inscrivent en faux contre l'idée que Cuba violerait les droits de l'homme, considèrent au contraire que Cuba est crédible pour défendre les Droits de l'homme, pour en juger, alors que les Etats-Unis sont disqualifiés, les Français n'en sauront rien, en revanche on diffusera dans la rubrique « faits divers » de la télévision publique les élucubrations du magazine Forbes, qui attribue à Fidel Castro une des premières fortunes du monde. Il a suffi de transformer le budget de Cuba et la propriété des bâtiments officiels cubains, comme le Palais des Conventions en propriété personnelle. Et pour faire bonne mesure, le sujet est illustré par la chute de Fidel Castro.... Là nous avons le niveau « populiste » au sens véritable du terme - alors que dans le cas de Chavez et d'Evo Morales il faudrait parler de gouvernement populaires- de l'information médiatique. Notons qu'elle tire dans le même sens que l'information « savante », pratique la même censure.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quel est le sens de ce vote à l'Assemblée Générale de l'ONU ? L'ancienne commission des droits de l'homme s'est littéralement effondrée sous le discrédit qui la frappait. Elle était devenue une véritable palinodie. Non seulement elle refusait d'aborder la torture à Guantanamo, était devenue un simple tribunal pour juger les pays du sud, mais elle refusait de considérer ces droits de l'homme essentiels que sont les droits de vivre, de se nourrir, de se soigner, de s'éduquer. Toutes questions cruciales pour ces mêmes pays. Les Etats-Unis ont prétendu gouverner la réforme d'une nouvelle commission, quitte quand leur projet a été accepté à menacer de ne pas y participer s'ils ne gouvernaient pas l'élection des membres, mais leur chantage et celui des pays occidentaux ont été battus à plate couture. En France nous ne saurons rien de ces épisodes, nous nous contenterons de phrases lapidaires et définitives qui attribuent le discrédit de l'ancienne commission à la présence en son sein de pays comme Cuba ou la Chine&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est vrai que durant la même période,en France, la même information tourne tout entière autour du scandale de l'affaire Clearstream, cette question occulte complètement dans les médias le vote de la loi sur l'immigration présentée par Sarkozy, on peut même considérer que tant la victimisation du dit Sarkozy, que ce que les Français ont perçu de sa loi, ne peuvent que renforcer sa popularité. Il s'agit en effet pour eux de &quot;contrôler&quot; l'immigration.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le vote de l'Assemblée de l'ONU, comme celui de l'Assemblée Nationale française portent en fait sur la même question. L'assemblé Nationale française a de fait, sous couvert de contrôler l'immigration, a entériné une aggravation du sous développement. Il est clair que si les pays développés continuent à « écrémer » l'immigration, à priver les pays du sud des cadres qu'ils forment avec beaucoup de difficulté, cela ne pourra qu'accélérer le sous développement de ces pays et donc accroître la pression de l'immigration. Quand les pays occidentaux derrière les Etats-Unis, prétendent contrôler et s'approprier les ressources de la planète, par menace, par action des transnationales, et des organismes internationaux comme le FMI, quand l'impérialisme rime plus que jamais avec militarisme, guerre d'invasion, quelle politique d'immigration peut-elle être contrôlée, même si des lois répressives, des murs comme celui érigé à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, peuvent-ils prétendre endiguer le flot de ceux qui cherchent la survie ? Ces politiques sont alors non seulement inhumaines mais parfaitement inefficaces. Quand l'alternative devient pour des millions d'hommes la mort assurée dans leur pays où une immigration dans laquelle il reste une loterie, soit ils meurent, soit ils s'en sortent, le choix est évident.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cuba constitue un triple défi à cet ordre du monde :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; Malgré le blocus, malgré le sous-développement, ce pays accueille des milliers de jeunes gens qu'elle forme à des professions qualifiées, en particulier dans le domaine de la santé, et ceux-ci doivent rentrer dans leur pays pour tenter d'y apporter aide et assistance. Cela concerne les pays du sud, mais les programmes s'étendent aux Etats-Unis eux-mêmes, puisque des jeunes gens des ghettos de ce pays sont aussi formés gratuitement à la seule condition d'exercer dans leur communauté d'origine. Ces programmes de formation, dont vous n'entendrez jamais parler ont pris désormais une toute autre ampleur : avec le Venezuela, Cuba lutte avec efficacité contre l'analphabétisme non seulement en Amérique latine mais dans d'autres pays. C'est exactement la politique inverse de celle adoptée par les pays occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; Il existe certes une immigration économique qui part de Cuba, comme dans tous les pays sous-développés, mais l'extraordinaire n'est pas que dans une situation de sous-développement aggravé par l'étranglement du blocus, une telle immigration existe, mais bien le fait que des chercheurs, des médecins, des gens hautement qualifiés à qui il est fait pourtant un pont d'or, choisissent de rester dans leur pays, d'en partager les difficultés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; Cuba a choisi la souveraineté, la maîtrise de ses ressources, et pour ce pays cela se confond avec le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le vote de l'Assemblée générale de l'ONU, le véritable défi à l'Empire et à ses vassaux, ne s'explique pas si on ignore ce contexte, ce qui est le cas du citoyen français. En revanche, la caricature qui est faite de Fidel Castro va permettre non seulement d'occulter les enjeux véritables, mais d'entériner l'idée que l'alternative socialiste ne peut déboucher que sur la tyrannie. Une telle opération correspond bien à une vision de la politique résumé aux jeux grotesques de marionnettes et s'accompagne d'une perte de repères dans l'espace et dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela dit au vu de ce qui se passe à Cuba, en Amérique latine, dans le monde et en Europe, nous ne pouvons que dire notre accord avec Fernando Martinez Heredia, le sociologue cubain : « Il est indispensable d'aller au fond de ces questionnements pour une raison très pratique : le socialisme va émerger une autre fois comme proposition pour ce monde, et ceci l'oblige à avancer comme promesse et vouloir se présenter comme politique et comme prophétie. Mais il ne sera pas possible de le tenter sans solder ses propres comptes, sans radicaliser ses projets, sans rediscuter et avancer sur le plan théorique, sans partir de la situation réelle actuelle, sur ses aspects favorables et défavorables et ses tendances, avec l'objectif de changer les choses à la racine ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notes :
(1) fernando Martinez Heredia. El corriemento hacia el rojo. Editorial lettras Cubanas. 2001.pp 9 .10 et 11. Si nous accolons l'épithète « critique » à cet auteur, c'est en fonction de ses « mesaventures », dont il fait état avec un minimum de ressentiment dans son livre, celui de la revue « critique » Politica dont la publication a été interrompue dans les années 70, celles que les Cubains considèrent comme les années « grises », les années de la soviétisation. Malgré cette expérience, non seulement il est resté à Cuba, mais il publie c'est-à-dire que ce livre est édité par les éditions de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(2) il faut également considérer la politique monétaire, l'alignement de la monnaie nationale sur le dollar, voir la dollarisation pure et simple de l'économie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(3) En France nous n'avons rien su ou si peu de la manière dont des multinationales françaises comme Suez, ou même EDF ont été convaincues de véritables prévarications, allant jusqu'à faire payer des services qu'elles ne rendaient pas, achetant des hommes politiques, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(4) El Païs non seulement fait partie du groupe de médias qui au Venezuela organise la propagande anti-Chavez, mais est également lié à Respol. Sans mesurer les liens de plus en plus étroits des médias à ces grandes transnationales, leur propre concentration, toute l'analyse des mensonges médiatiques reste lettre morte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(5)Qiao Liang. Wang Xiangsui. la guerre hors limite. 1999 édition chinoise. 2003 édition française Payot.Rivage&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(6) Paulo A. Paranagua Article paru dans l'édition du 12.05.06 du Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; (7) Total, qui détient une participation de 15% dans les gisements de San Antonio et San Alberto, au sud-est de la Bolivie, opérés par le brésilien Petrobras (PETR3.SA - actualité) , n'avait pas jusqu'à présent fait de commentaire sur la nationalisation des hydrocarbures annoncée le 1er mai par le président bolivien Evo Morales. On comprend mieux pourquoi l'article de Paranagua dans le Monde accorde une telle place au mécontentement brésilien. Par contre, il ne fait pas état de la manière dont Lula, le Président du Brésil est intervenu pour empêcher une crise entre Petrobas et la Bolivie. Donc l'article table non seulement sur la division de l'Amérique latine, mais sur l'isolement et l'affaiblissement de Lula au sein de son propre gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; (8) Seront en revanche complètement passées sous silence les statistiques publiées le 13 mai au Venezuela et qui constatent une baisse de la Pauvreté au Venezuela. Les indices tombent de 55 % à 37% ou 27 % selon les modes de calcul&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les indices de pauvreté au Venezuela ont baissé de 55 à 37, ce qui représente 18 points en pourcentage durant les dernières neuf années, a assuré ce vendredi une étude de l'Institut National de Statistique du Venezuela (I.N.S.), se basant six millions de foyers.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8220; Il s'agit d'une évaluation conjoncturelle qui peut avoir ses faiblesses mais qui permet de servir de comparaison avec les autres pays. D'autre part, ce mode d'évaluation n'inclut pas l'application des programmes sociaux et les missions sociales qui ont apporté une diminution beaucoup plus grande de la pauvreté&#8221;, a dit Elías Eljuri, directeur de l'I.N.S. » D'autre part, lorsque l'on considère les nécessités de base insatisfaites selon la Commission Économique pour l'Amérique latine (ECLA), cet indice descend à 27%&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'étude a pris comme variables la désertion scolaire, l'entassement dans les logements, les maisons en conditions inadéquates et les foyers sans accès à l'eau potable et autres services. Elias Eljuri prévoit que pour fin 2006, les niveaux de chômage, qui atteignaient en mars dernier 10.1%, descendront à 7 %.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(9) Il existe même au niveau local des alliances encore plus étonnantes puisque Hayder le dirigeant autrichien d'extrême-droite dont l'élection avait été considérée comme le signe du danger fasciste en Europe gouverne aujourd'hui son fief de Carinthie dans une coalition dans laquelle on pris place les sociaux-démocrates. Le côté éclaireur de l'extrême-droite se mesure bien si l'on considère la place grandissante de thèmes comme l'immigration, la lutte contre le terrorisme, dans les politiques sécuritaires mises en place, et qui aboutissent toutes à une limitation des libertés des citoyens, et peuvent se retourner en priorité contre les luttes sociales. Ce qui se passe aujourd'hui aux Etats-Unis est à l'&#339;uvre en Europe aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(10) face à la crise de la période de toutes les organisations, mais aussi face à sa crise propre liée à la chute de l'URSS, le PCF a répondu par « la mutation ». Celle-ci non seulement n'a pas tenté d'enrayer l'hémorragie, mais elle l'a accélérée en détruisant systématiquement toutes les organisations de proximité, et même les liens traditionnels entre le syndicalisme et le politique...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(11) Situation excellemment résumée par François Hollande, le premier secrétaire du PS, quand à propos de l'élection présidentielle de 2007, il déclare : « Le PCF devra choisir entre un candidat à l'élection présidentielle et un groupe communiste à l'Assemblée Nationale ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(12) La encore la soumission au PS, peut aboutir vu l'atlantisme traditionnel de ce parti, à des interprétations qui vont au-delà de certaines forces de droite qui conservent un certain sens de la souveraineté nationale, l'attitude à l'égard de Cuba en est la meilleure preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(13) par exemple il y était indiqué que Cuba envoyait des enseignants au Venezuela contre un tarif préférentiel pétrolier, en oubliant que c'était toute la zone Caraîbe qui bénéficiait de ce tarif préférentiel et que depuis un an, dans le cadre de l'ALBA, l'envoi de médecins, enseignants, jusqu'ici gratuit rentraient dans les échanges commerciaux entre les deux pays.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(14) Les nationalisations intervenues en 1981, puis leur privatisation, le tout pour le plus grand profit des transnationales, constituent en quelque sorte une expérience repoussoir, mais le fait de ne jamais poser la question évacue l'examen des conditions réelles d'une véritable nationalisation, au mieux sera-t-il fait référence à une « mixité ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; (15) Dans DE MAL EMPIRE, nous faisons état du « deal » passé entre l'Europe et les Etats-Unis à propos de la loi Helms Burton. L'Europe se trouvait préservé de certains aspects les plus nocifs de cette loi pour ses transnationales, à la condition qu'elle continue sa pression sur les « droits de l'homme » à Cuba. On ne comprend rien à une organisation comme Reporters sans Frontières, les générosités dont elle bénéficie de la part de l'Union Européenne si l'on ne mesure pas ce partage des rôles et cette entente. Il s'agit de l'ONG, la plus voyante, mais il y en a d'autres. Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj et Maxime Vivas, Les Etats-Unis DE MAL EMPIRE, ces leçons de résistances qui viennent du Sud. Aden editeur. 2005.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Danielle Bleitrach</author>
		<dc:date>2006-05-15T17:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danielle Bleitrach</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Que se passe-t-il a Cuba ?</title>
		<link>http://internationalistes.org/SPIP/article.php3?id_article=133</link>
		<date>2006-05-03 19:29:00</date>
		<description>&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;I- Pourquoi, il est difficile d'expliquer ce qui se passe à Cuba :&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; 1- Ceci est vrai pour toutes les sociétés, y compris celle dans la quelle nous vivons, il faut lutter contre ce que Bourdieu appelait « l'illusion d'un savoir immédiat », mais ça l'est encore plus pour une société qui est l'objet d'une telle déformation de la part des médias et « bénéficie » d'une telle charge symbolique parce qu'elle a choisi le socialisme. Toutes les questions que nous avons dans la tête, et il y en a une récurrente « que va-t-il advenir de Cuba après Castro ? », méritent un long développement. Répondre à la question suppose de refaire le terrain, voir comment cette question se pose réellement à Cuba à partir de la conception et de la pratique politique cubaine et non de la notre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; 2- Je suis allée à Cuba avec une préoccupation. Il y avait eu le discours de Fidel du 17 novembre à l'Université, ce discours m'était apparu d'une grande importance, non seulement parce qu'il posait un certain nombre de questions politiques et historiques sur le socialisme, mais parce qu'il témoignait qu'un processus de correction en acte de la société cubaine. Pendant mon séjour, j'ai effectivement constaté que ce processus était à l'&#339;uvre, mais disons qu'il en était à ses débuts, en rendre compte aujourd'hui est passionnant mais risque d'introduire une déformation, le mieux paraît être de le décrire dans un temps t2.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; 3- Ce discours était centré sur les réformes internes, celles qui sont jugées nécessaires pour que Cuba, avec ou sans Fidel Castro, puisse poursuivre sa trajectoire socialiste, mais on ne peut isoler, et les Cubains ne le font pas, ces réformes internes du contexte international. Il s'agit là encore de Cuba mais pas seulement. Comme nous le notions dans DE MAL EMPIRE, un des problèmes auxquels l'actuelle mondialisation impérialiste nous confronte, est que justement elle prétend empêcher toute réforme interne. Ici même en France, en Europe, « la réforme » est devenue simple adaptation à cette mondialisation néo-libérale, remise en cause des acquis, et renforcement des inégalités, le phénomène est encore plus violent dans les pays du tiers monde où la marge de jeu par rapport aux institutions internationales comme le FMI, aux multinationales, mais aussi aux menaces d'intervention militaire, est encore plus étroite. Donc « le travail » que Cuba accomplit sur elle-même, ne doit pas être isolé de l'intense activité internationale à laquelle l'île participe et dont elle est un des principaux acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://internationalistes.org/SPIP/puce.gif' alt='-' /&gt; 4- Non seulement les Français sont convaincus de tout savoir et se permettent le plus souvent de prétendre à une opinion politique avec sur le fond un terrible déficit d'information et quelques stéréotypes, mais leur jugement est de plus en plus passif. Les vingt ans de contre-révolution que nous avons subis, ont abouti à un véritable désert organisationnel. Il existe certes des partis, des syndicats, les associations prolifèrent, mais tous témoignent de leur incapacité à favoriser l'intervention politique de la masse de la population. Comment des faits majeurs comme le NON à la Constitution européenne, le grand rassemblement contre le CPE, peuvent-ils déboucher sur le maintien des mêmes, sur la caricature de l'échéance présidentielle de 2007 ? La grande question n'est donc pas seulement d'être informé, mais de savoir ce que l'on prétend faire de l'information. On conçoit que dans un tel contexte, le cas de Cuba, qui non seulement s'obstine dans son choix socialiste, mais le met en &#339;uvre a des difficultés à être perçu... Cela dépasse le discrédit qui depuis plus de vint ans s'attache au choix socialiste, l'incompréhension porte sur la définition même de la politique pour les uns et pour les autres...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le plus simple est sans doute de conserver la forme du dialogue tel qu'il s'est développé avec mes interlocuteurs français à propos de l'évolution de la situation à Cuba, et de considérer que mes réponses sont de simples notations inachevées.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;2- Le politique à Cuba est sensiblement différent de la manière dont nous le percevons France...&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La plupart des questions que me posent les Français reflètent leur propre manière d'opposer &quot;le pouvoir&quot; et les masses, la jeunesse en particulier... Quand j'explique qu'effectivement le discours de Fidel Castro du 17 novembre 2005 a inauguré un vaste débat sur la situation intérieure de Cuba, sur les nécessaires réformes qui doivent intervenir, en gros on me répond « qui débat de quoi ? », sous-entendu : « ce sont les caciques du régime, la télé, les autres s'en fichent royalement... »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est compliqué parce que je dois te répondre des choses contradictoires comme l'est la réalité. En plus nous sommes à Cuba au début d'un processus auquel il convient de donner du temps, par exemple jusqu'à l'automne pour que les effets des mesures prises soient perçus...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Actuellement a contrario de ce que pensent mes interlocuteurs français, il y a un travail largement souterrain. Il est tout à fait frappant qu'il y ait peu d'interventions disons de nature &quot;idéologique&quot; qui se situent au niveau du discours de Fidel, sur la signification du socialisme, sur les problèmes théorico-politique tels qu'il les a abordés. Partout, dans toutes les organisations, dans le parti, dans les syndicats, les réunions se multiplient, elles portent sur les transformations en cours. Je pense que ce n'est pas un hasard si, à ce stade du processus, le débat reste sur les problèmes concrets et n'a pas de publicité, pas réellement de relais dans la presse et la télévision. Le discours de Fidel inaugure un certain type de débats, mais il a été précédé d'initiatives, on imagine mal que &quot;la transformation énergétique du pays&quot; ait débuté le 17 novembre et soit au printemps si avancée...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autre fait, le constat des malversations, des dégradations dues à la période spéciale et le rôle des « jeunes travailleurs ». Le discours de Fidel Castro du 17 novembre fait longuement état de ces jeunes gens. Il indique comme partout, en particulier dans les postes à essence, ils vérifient la bonne tenue des pompes dont les gérants employés de l'Etat ont été pris grâce à eux en flagrant délit de malversation, mais nous y reviendrons. Qui sont-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Dans « Cuba est une île », donc en janvier 2004, où nous avions étudié la restructuration sucrière, l'inscription massive à l'université des travailleurs dégagés de l'emploi sucrier, nous avions également noté l'existence de ces jeunes travailleurs sociaux. Nous avions consacré un paragraphe à l'activité dirigée par la jeunesse communiste de nombreux jeunes enquêteurs qui étudiaient les dysfonctionnements de la société cubaine, vieillards seuls, bandes d'adolescents en situation de pré-délinquance. Ces adolescents étaient sortis de l'école sans diplôme et n'avaient pas d'emploi, ils erraient. Les militants de la jeunesse communiste procédaient alors à des enquêtes très complètes, sur leurs familles, mais aussi sur leur état de santé, ainsi ils avaient pu constater que ces jeunes étaient issus de familles séparées, qu'ils souffraient de carences nutritives, parce que si la santé des jeunes enfants était l'objet de tous les soins, celle des adolescents, a fortiori s'ils n'allaient plus à l'école, était négligée. Ce constat avait donc débouché sur des initiatives médicales en direction des adolescents. En ce qui concerne leur réinsertion sociale il leur avait été proposé de reprendre des études pour pouvoir accéder à l'Université. Le programme a été une incontestable réussite puisque « les travailleurs sociaux » sont largement issus de leurs rangs. Ils bénéficient actuellement dans le travail de contrôle social qui leur est proposé d'un véritable salaire moyen, alors que la reprise des études s'accompagnait seulement d'argent de poche.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a là en effet un enjeu, comme me le disait un jeune dirigeant communiste : « l'endroit où je me heurte au plus sévères remarques est ma propre famille. Mon frère me dit ‘c'est bien de reprendre des études, mais moi en vendant des pizzas dans la rue je fais vivre toute la famille et toi tu n'y arrives pas ! » Si les travailleurs de l'industrie sucrière qui ont repris des études ont bénéficié de leur salaire plein, la question reste entière surtout à proximité des centres de tourisme, ou dans une ville comme la Havane de la comparaison entre ce que permet un salaire et les « petits métiers »... Alors a fortiori quand on demande à ces jeunes gens de contrôler une situation de corruption. Quand on analyse la situation à Cuba, il faut toujours avoir présent à l'esprit une situation de sous-développement, un défaut de moyens pour y faire face, le tout dans le contexte de l'étranglement du blocus. Et mesurer les résultats à l'aune de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc les jeunes travailleurs sociaux sont des jeunes gens qui suivent à la fois une formation de travailleurs sociaux qui a été récemment mise en place, droit, psychologie, sociologie, etc... Et qui agissent sur le terrain. Aujourd'hui, on peut les voir dans tous les postes à essence, on les reconnaît à leur pull bleu marine sur lequel est inscrit en blanc : travailleurs sociaux. Leur intervention a montré l'ampleur du trafic et dans son discours Fidel dit qu'avec le détournement qui était opéré à travers les postes à essence le financement de l'université était assuré.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais au-delà de cette intervention actuelle contre les détournements, la création des travailleurs sociaux, comme l'offre de reprendre des études aux travailleurs après la restructuration de l'industrie sucrière, témoignent d'une mise en oeuvre tout à fait intéressante de trajectoires emploi-formation à la fois comme lutte contre le chômage, pour prévenir la délinquance et pour faire accéder Cuba à un niveau général de formation universitaire. Un tel projet accompagnait, comme nous l'avions noté, une spécialisation de Cuba dans les rapports sud-sud. Cuba, grâce à son haut niveau éducatif, apportait des produits à forte valeur ajoutée, mais aussi des services, éducation, santé, recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc si l'on veut comprendre complètement l'action des travailleurs sociaux, il faut à la fois reprendre l'action cubaine dans les rapports sud-sud, la manière dont l'île retire de son potentiel intellectuel des ressources, mais aussi l'aide désintéressée qu'en partenariat avec le Venezuela, l'île apporte à l'Amérique latine mais pas seulement. Donc les jeunes travailleurs sociaux font partie d'un programme plus général d'élévations du niveau de qualification cubaine. Pourtant, si l'on part du discours de Fidel, leur action est essentiellement envisagée à partir de la réforme interne, des corrections à apporter au socialisme cubain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'agit de sortir de la période spéciale. Pour survivre, pour maintenir le cap, les Cubains ont du subir une situation que peu de peuples auraient accepté sans protestation. Ici nous n'avons aucune idée de ce qu'ils ont vécu et de ce qu'ils vivent encore. Non seulement en 91, ils se sont retrouvés dans une économie en état de coma dépassé, tous leurs approvisionnements extérieurs avaient disparu, mais les effets du blocus encore resserré en 92 et en 96 étaient un véritable étranglement. Survivre au quotidien était une lutte de chaque instant... Au niveau gouvernemental, ils ont du accepter des choix, la dollarisation, le tourisme, qui produisaient également leurs effets...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, sortir de la période spéciale, c'est à la fois créer les conditions d'un mieux être et tenter de corriger les profondes dégradations qu'a subi le tissu social. Les deux vont ensemble. Il faut également considérer les habitudes entretenues par le socialisme, comme par exemple le gaspillage créé par les subventions. L'électricité livrée à un prix tel que personne ne fait plus attention à sa consommation personnelle, pareil pour le gaz...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ajoutez à cela, des situations héritées à la fois de la période spéciale et de l'influence du tourisme : un système D qui s'est généralisé, mais aussi des formes de délinquance. Face à la pénurie, chacun s'est débrouillé comme il a pu. En général cela s'est limité à de petits larcins, mais il y a eu aussi des réseaux organisés. L'exemple type est celui des pompes à essence... Les types s'entendaient avec des chauffeurs d'entreprise d'Etat, officiellement ils leur facturaient dix litres d'essence, en fait ils en livraient 5 et se partageaient les 5 autres... Le détournement était considérable. J'ai pu voir la réalité du contrôle, ses limites... Dans toutes les stations essence il y a les &quot;jeunes travailleurs&quot;... Le discours de Castro en fait des &quot;héros&quot;, mais en fait les Cubains sont suffisamment réalistes pour savoir ce qu'il en est. Ces jeunes sont souvent ceux dont nous avons parlé dans Cuba est une île, des jeunes qui étaient eux-mêmes en situation de pré-délinquance et à qui on a offert la possibilité de refaire des études avec un salaire. On a voulu, à Miami en particulier en faire &quot;des gardes rouges&quot;. En fait, le pragmatisme cubain qui a la fois offre à ces jeunes une seconde chance et ne se fait aucune illusion sur ce qu'il peut advenir d'eux face à des gens qui tentent de les corrompre, donc ces jeunes n'interviennent pas dans leur ville d'origine. Par exemple, dans le poste à essence à côté de chez moi, les équipes de travailleurs sociaux, le plus souvent des jeunes filles, venaient de La Tunas et l'équipe ne restait pas plus de trois jours. Ils n'avaient pas pour mission d'intervenir directement mais de noter ce qu'ils voyaient et de donner leur rapport aux autorités compétentes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le ménage est d'une grande ampleur... Pour donner un chiffre, en 2005, il y a eu 2.900 membres du parti qui ont été exclus, des chefs d'entreprise, des ministres renvoyés. Partout les collectifs de travail sont invités à réfléchir à tout cela... A faire le compte du coût réel du système D et des malversations... Cela débouche sur des sanctions, des exclusions mais aussi de la prison, ou des déplacements dans des secteurs moins &quot;juteux&quot;... Quelques cas ont reçu de la publicité, mais en général cela s'opère dans le cadre des collectifs de travail, en silence... C'est pour cela que je parle d'un travail souterrain...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il convient encore de noter que les Cubains ont confiance dans leurs dirigeants, bien sûr Fidel est le symbole de cette confiance, mais la confiance est plus générale dans les institutions, par exemple ce qui n'est pas rien quand on connaît d'autres pays du tiers monde, et de la zone Caraïbe en particulier, dans la police. En général, la référence à l'Etat est considérée comme une garantie. Une anecdote permettra d'éclairer cette forme de confiance : les Cubains sont des maniaques de l'hygiène et de la propreté. J'avais pris l'habitude de déjeuner dans les petites cafeterias tenues par des particuliers, on y boit des jus de fruit et on mange des pizzas et petits sandwichs à un prix plus que modique, en peso monnaie nationale. Tous mes proches cubains n'ont cessé de m'engueuler, en m'expliquant que je risquais une hépatite... J'ai protesté en expliquant que visiblement la &quot;cafeteria&quot; en question était tenue par l'Etat, les employés avaient les cheveux cachés dans un bonnet et étaient en uniforme. &quot;Il ne faut pas s'y fier, m'a-t-il été répondu, c'est pour inspirer confiance.&quot; Cela dit, il est également fréquent d'entendre les Cubains protester contre un service mal rendu, par exemple le ramassage des ordures sur le thème : si l'état ne peut pas l'assurer, il n'a qu'à le laisser à une entreprise privée...&quot;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y aura probablement un débat beaucoup plus public, beaucoup plus &quot;idéologisé&quot; quand un certain nombre de questions auront été résolus, comme par exemple l'équipement énergétique au niveau du pays, comme celui de la consommation des ménages... Les Cubains ont besoin de ce temps... De mener le débat à leur manière... C'est pour cela que je parle d'un temps t1.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;3.- Nous sommes au début d'un processus :&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La description de ce qui précède provoque immanquablement chez mes interlocuteurs « amis de Cuba » une série d'inquiétudes. La première concerne la désignation de « l'ennemi intérieur », Cuba ne divise-t-elle pas sa population ? Ne s'agit-il pas au vu des problèmes de trouver des « boucs émissaires », ou encore, mon analyse sur la « réalité » des travailleurs sociaux se traduit immédiatement non seulement par une injuste remise en cause de l'ensemble de ces jeunes, qui au contraire font un travail remarquable, mais surtout par une interrogation plus générale sur la jeunesse cubaine. Est-ce que quand la génération qui a fait la Révolution, et dont on estime abusivement qu'elle tient seule les rènes du pays, aura disparu, cette jeunesse ne choisira pas le capitalisme, le consumérisme ? Cette interrogation est en quelque sorte la version améliorée, argumentée de l'image médiatique occidentale qui fait de Cuba l'otage d'un vieux dictateur, qui imposerait à son peuple un socialisme archaïque condamné partout ailleurs. . Imaginer que la résistance du peuple cubain puisse se limiter à celle d'un dictateur sénile était stupide, l'expérience historique était là avec l'effondrement du socialisme européen... Mieux, les sempiternelles analyse de la chute programmée de Cuba se sont heurtées à l'expérience de plus de dix ans de résistance et de survie, de réalisations considérables et aujourd'hui à l'éveil d'un continent. Mais le stéréotype a la vie dure...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc quand je décris ce contre quoi luttent les Cubains, je m'attire souvent la remarque : &quot;Il y a donc un boulevard pour la main mise sur Cuba par les Etats-Unis, dans l'après-Castro ?&quot; Pourquoi partageons- nous avec les administrations nord-américaine cette vision superstitieuse du rôle de Fidel Castro ? Sans doute parce que c'est celle que nous répètent à longueur de journée nos médias... Mais il y a plus, derrière cette vision d'un Fidel, verrou de l'évolution de Cuba, on imagine toujours plus ou moins cette société comme bloquée, figée. Ainsi pour ceux qui contemplent avec intérêt le passage à gauche de l'Amérique latine, les choix « bolivariens » d'un continent, Cuba resterait marqué par l'expérience soviétique. Ils opposent plus ou moins le « basisme », le spontanéisme du Venezuela, à l'étatisme cubain. Ce qui par parenthèse est tout à fait étranger à la manière dont les acteurs réels, vénézuéliens et Cubains, envisagent leurs relations, les dirigeants comme les peuples concernés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La réalité de ce qui se passe en Amérique latine mérite elle aussi un long développement, mais quel meilleur exemple que la signature de l'ALBA, cet accord qui inaugure de nouveaux rapports internationaux sans équivalent dans le monde ce premier mai 2006, avec la Bolivie, la rencontre entre Fidel Castro, Chavez et Evo Morales à la Havane. (1) Il ne s'agit pas seulement d'entente au sommet, mais de réalisations concrètes. En face de chez moi à la Havane, il y a un hôtel, le Copacabana, il était occupé par des centaines de pauvres gens venus de toute l'Amérique latine pour se faire soigner les yeux à Cuba. Le Venezuela était allé les chercher, leur payait le séjour avec un membre de leur famille, et il recouvrait la vue grâce aux chirurgiens cubains. Plus de 200.000 personnes à ce jour, l'opération Miracle. De cela il n'est jamais question dans la presse occidentale, pas plus que quand on parle de l'anniversaire de Tchernobyl du fait que des milliers d'enfants ukrainiens sont soignés à Cuba. Il est préféré nous monter un théâtre d'ombre sur un peuple soumis à un méchant dictateur et dont le « monde libre » attend la fin pour qu'intervienne une « transition démocratique ». Jamais il n'est fait état de la fierté, de l'accord profond du peuple cubain, malgré ses difficultés économiques, à ainsi apporter une aide désintéressée au reste de la planète. Comment voulez-vous dans de telles conditions que nous percevions le travail intérieur que peut opérer ce peuple ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le discours de Fidel à l'Université du 17 novembre, le processus de correction mis en &#339;uvre à Cuba est interprété non pour ce qu'il est, mais en fonction de ces stéréotypes médiatiques. Ils nous incitent toujours à imaginer Cuba incapable d'anticiper et prenant des mesures en catastrophe. Il me paraît nécessaire de corriger ces idées reçues, certes Fidel a joué et joue un rôle essentiel dans la résistance cubaine, mais comme le disent les Cubains : &quot;Fidel est notre dignité, mais sans nous il n'aurait rien pu faire&quot;. Qui est ce &quot;nous&quot; ? Loin d'être une société bloquée, si Cuba a survécu n'est-ce pas à cause de sa capacité d'initiative et de prévision ? N'est-ce pas dans ce contexte là qu'il convient d'analyser le discours de Fidel du 17 novembre et le processus de correction qui se met en place ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Donc à ces questions, je réponds : « Non honnêtement je ne pense pas qu'il y ait un boulevard pour les USA après Castro... D'abord parce que les Cubains ne veulent pas de la domination US et c'est une donnée fondamentale qu'il faut toujours réintroduire dans l'analyse... Non seulement comme une force de résistance psychologique, mais en mesurant bien comment ce refus de devenir une dépendance des USA structure la société cubaine elle-même... A commencer par le fait que Cuba est une République, un Etat de droit, mais aussi un Etat en guerre permanente et que depuis plus de 40 ans toute la société civile autant que l'Etat s'est organisée autour de cette résistance. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parce que nous avons tendance à penser la société cubaine sur le modèle atomisé des nôtres, nous concevons « l'opinion cubaine » sur le même modèle qu'un sondage et le rapport entre le « pouvoir » et « la société civile » sur ce modèle, qui s'avère d'ailleurs inopérant chez nous. Les dirigeants cubains ont à leur disposition des enquêtes quotidiennes très bien faites sur ce qui se dit et de surcroît chaque organisation de masse apporte son témoignage. C'est une société infiniment moins bureaucratisée que la notre, l'information y circule mieux de bas en haut. Toutes les organisations, du parti aux organisations de masse sont implantées au plus près des gens, en partagent les difficultés. Il y a une véritable exigence démocratique et si un dirigeant à quelque niveau que ce soit ne paraît pas répondre aux questions concrètes qui lui sont posées, les gens soit protestent, soit quittent la réunion. Ceci explique le grand renouvellement du personnel politique que l'on trouve jusque dans les assemblées élues. Dans une certaine mesure les sanctions que j'ai décrites concernant les membres du parti ou les ministres, les chefs d'entreprise ne sont qu'une amplification d'un mode de fonctionnement dont le fondement est le haut niveau de politisation du peuple cubain. Le meilleur test en est la participation ou l'absence de participation de la population aux assemblées locales, dans les quartiers, les entreprises. Dans « Cuba est une île », nous avons noté que dans le début des années 90, il y a eu une désertification des réunions. Le retour vers ces assemblées a eu lieu parce que les organisations de masse ont choisi de faire face aux problèmes concrets de la population. Mais il est clair que le spontanéisme est absent de cette « démocratie participative », les cadres quel que soit leur niveau doivent venir aux réunions avec une préparation préalable. Non seulement une bonne connaissance des dossiers, des réponses, mais une analyse politique qui remet en perspective chaque réflexion individuelle. Chaque dirigeant se livre à un véritable marathon, multiplie les réunions. Certes ce sont les dirigeants issus de la Révolution qui ont impulsé ce mode de fonctionnement, mais aujourd'hui la plupart des dirigeants nationaux et locaux sont jeunes, la quarantaine environ, poursuivent la même activité. Cela donne une vivacité au débat, y compris à l'assemblée populaire nationale que nous mesurons mal.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par exemple, à partir du discours de Fidel, il y a eu un débat qui a repris partiellement les interrogations des Français sur la manière dont le socialisme peut être attaqué par l'attirance du modèle occidental. Notons que l'attirance pour le mode de consommation consumériste existe, mais que le Français ne peut que l'exagérer dans son contact avec Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Là encore, il faut bien mesurer le prisme qu'introduit l'observateur, il faut faire la critique constante de &quot;notre point de vue&quot;, nous avons dit qu'il fallait tenir compte du discrédit qui pèse sur la politique, sur les dirigeants dans nos propres sociétés, mais aussi de nos formes de &quot;sociabilité&quot; très individualistes, l'hostilité, la méfiance que nous avons spontanément pour les autres... L'immigration qui est devenue de plus en plus économique et de moins en moins politique reste interprétée comme un phénomène de fuite devant le régime. Le phénomène le plus impressionnant à Cuba ce n'est pas cette immigration, mais au contraire le fait que tant de gens hautement qualifiés à qui l'ont fait des ponts d'or aux Etats-Unis restent à Cuba. Il y a à la Havane, une ville dans la ville, un centre de savants dans la biologie, la chimie qui accomplissent des exploits scientifiques et restent dans leur pays... Comme d'ailleurs tous ces médecins qui partent à Haïti, au Pakistan, vivent dans des conditions de chien... C'est ça aussi Cuba et le touriste ne le voit que très rarement... Donc, nous avons toute chance d'exagérer l'influence du consumérisme, pourtant celle-ci existe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur cette question aussi il y a eu débat dans les cercles dirigeants, dans le parti et dans les organisations de masse, un certain nombre de gens, des intellectuels en particulier insistaient sur cet aspect, sur les dangers de l'influence idéologique. Dans le contexte du discours de Fidel et des dangers qui pesaient sur le socialisme cubain, ils prônaient une espèce d'ascétisme, en expliquant que les anciens esclaves avaient lutté pieds nus pour défendre leur patrie contre l'Espagne et qu'il fallait retrouver cet &quot;esprit&quot;. Ce à quoi les pragmatiques leur ont répondu que ce n'était pas là la question principale. Certes il y avait quelques personnes qui s'étaient enrichies, adoptaient un mode de vie occidental, mais que le véritable problème des Cubains était leurs difficultés de vie, qu'ils avaient subi ce qu'aucun peuple n'aurait accepté sans protestation. Justement à cause de leur haute conscience politique et de leur volonté d'indépendance nationale. Il fallait donc tout faire pour que leur situation matérielle s'améliore. Le sens fondamental du processus est là et pas dans une traque idéologique contre l'ennemi intérieur. Les pratiques héritées des nécessités de la survie de la période spéciale doivent certes être dénoncées parce qu'elles entament la conscience révolutionnaire, l'idée même du « bien commun » à rechercher dans le socialisme, mais aussi parce qu'elles rendent plus difficile l'accès de tous aux bénéfices de la croissance, elles maintiennent sous développement, difficultés pour le plus grand nombre. Donc le discours de Fidel correspond bien à ce que ressentent les Cubains, quand on leur dit que leur économie connaît de grands succès, une croissance remarquable : « Pourquoi alors continuons-nous à avoir des difficultés en matière de nourriture, de transports, de logement ? Où passe cette croissance ? » Ce qui est relativement injuste quand l'on compare la pénurie des années 93 et 94 à la relative abondance des produits aujourd'hui sur le marché. Mais le fait est que si au début des années 90, les Cubains avaient des économies et de l'argent tout en ne trouvant rien à acheter, aujourd'hui le résultat des mesures prises dans la période spéciale est que les produits de première nécessité « hors libreta » sont encore trop chers pour les salaires, même sur les marchés en peso « monnaie nationale », même avec les considérables augmentation des salaires et des pensions récentes. Il existe un petit nombre de gens, pas plus de 10% de la population qui bénéficie à la fois des avantages sociaux et d'un « surplus » par un meilleur accès au peso convertible. Le « consumérisme » tout relatif de cette catégorie, qui est celle rencontrée en priorité par le touriste, ne peut manquer d'occulter le fait que 90% de la population a encore des difficultés pour assurer sa consommation ordinaire. Et le processus mis en place depuis le discours de Fidel à l'Université, mais aussi depuis la dé-dollarisation de l'économie intervenue en novembre 2004, s'adresse en priorité à l'amélioration du niveau de vie de cette population. Les sanctions contre les délinquants, mais aussi contre ceux qui bénéficient d'une sorte de rente des inégalités, contre la bureaucratie qui favorise l'inertie et donc la débrouillardise individuelle, contre les gaspillages, interviennent sans grande publicité, en favorisant le débat interne et la conviction politique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;4- Un exemple, 2006, a été déclarée année de la révolution énergétique. (2)&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'année a été déclarée celle de &quot;la révolution énergétique&quot;... Concrètement les Cubains se sont attelés à transformer leurs installations électriques. L'été dernier, ils ont subi des pannes fréquentes, non seulement à cause des cyclones, mais parce que leur système qui dépendait d'une installation centralisée était en bout de course. Ils sont en pleine transformation de ce système. En même temps, ils tentent de s'attaquer aux gaspillages d'énergie. Ils ont procédé au remplacement de tous les anciens appareils ménagers vétustes, souvent d'origine soviétique. Les ménages ont reçu pour un prix modique, remboursables d'une manière dérisoire, ces instruments plus économiques. On a beaucoup parlé des autocuiseurs, mais ce n'est pas le seul exemple. Dans la zone de Pinar del Rio où l'opération a commencé et s'étend peu à peu à toute l'île, les économies envisagées sont de l'ordre de 20%. Les ampoules ont été remplacées gratuitement par des néons. De surcroît, et là c'est un tollé, les factures d'électricité ont prétendu retrouver une certaine vérité des prix.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au positif, il y a deux faits, le premier est la transformation de l'électrification de Cuba, la décentralisation, c'est un énorme chantier. Toujours au positif, il y a l'attribution à la population de tout un nouveau matériel électro-ménager qui consomme beaucoup moins, depuis les ampoules au néon, les auto-cuiseurs jusqu'aux réfrigérateurs, cuisinières, le tout à un coût infime, voir gratuit comme les ampoules. Au négatif, il y a la modification des tarifs de l'électricité, 100 watts mensuels continuent comme avant à être quasiment gratuits, puis de tranche de 100 watts en tranche de 100 watts cela augmente, au point d'atteindre avec 400 watts un coût insupportable pour un salaire moyen de 500 pesos monnaie nationale. Cette mesure drastique est parfaitement impopulaire. En fait il s'agit pour l'Etat moins de s'assurer des ressources que d'imposer une lutte contre les gaspillages, par exemple la manie cubaine de laisser tout allumé de jour comme de nuit. Là il ne s'agit plus de lutter contre les effets de la période spéciale, mais contre une conséquence du socialisme, une vieille histoire, puisque faute des vérités des prix, chacun gaspille. C'est le caractère « naturel » de la prodigalité du socialisme... L'électricité n'est qu'un des aspects de cette « prodigalité » et, comme le dit le discours de Fidel à l'Université, il faut de ce point de vue corriger une conception naïve du socialisme. Augmenter les salaires et les pensions en supprimant les subventions, les gratuités fictives en matière de consommation des ménages est un choix politique, comme d'ailleurs celui de surveiller la tendance des entreprises à développer leur propre logique gestionnaire au dépends du collectif. (3) Mais il est clair qu'il y a là une contradiction entre les nouvelles orientations gouvernementales et les aspirations de la majorité des Cubains. Ces derniers ne veulent pas de « la vérité des prix », ce qu'ils souhaitent s'il y a croissance c'est qu'elle permette au contraire d'élargir les subventions, en améliorer la qualité et la quantité... Donc la modification des tarifs d'électricité est très impopulaire, en particulier en vue de l'été où la consommation est la plus forte en fonction des climatiseurs. Cela dit, il y a 10% de la population qui utilise un climatiseur et là encore ce sont ces 10% que rencontre en priorité le touriste y compris quand il loge chez des particuliers. A terme, le gouvernement espère suffisamment augmenter les salaires pour supprimer la libreta, mais nous en somme encore loin au vu de l'impopularité de toute mesure visant à diminuer les subventions étatiques et aussi au vu des augmentations de salaire et de pension prévisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceux qui imaginent une population cubaine apeurée, silencieuse, subissant les foucades d'un dictateur sénile, à commencer par l'administration nord-américaine et les ultras de Miami, voire nos propres médias français ne cesseront jamais de se tromper. L'immense majorité des Cubains est patriote, entre leur mentalité bien compréhensible d'assiégés, la peur de nuire à leur pays et leur fierté, en dehors de la faune touristique qui réclame des devises en exagérant leur dénuement, l'attitude générale est plutôt de cacher ce qui va mal de peur de donner des « armes » à l'ennemi. Mais si on a la confiance des Cubains, s'ils savent qu'on n'est pas un &quot;ennemi&quot;, ils adorent se plaindre, râler, les Havanais en particulier... Il y a aussi la mentalité insulaire, ils sont absolument convaincus qu'il n'y a qu'eux à qui il arrive ce qui leur arrive. La Havane est une des villes les plus sûres du monde, la seule où une femme puisse faire en toute sécurité du stop à une heure avancée de la nuit et pourtant si un Havanais se lance sur les périls, sur la criminalité, les voleurs, il se vautre avec délice dans cette description... Parfois même avec une certaine xénophobie interne, ainsi les constructeurs venus d'oriente, de Santiago, sont soupçonnés... Comme un Marseillais l'est par les Parisiens, rien de plus, rien de moins... C'est comme le racisme, Cuba est la seule des Antilles qui a réellement vaincu le racisme né de l'esclavage, et pourtant si on cherche bien on trouvera encore quelques racistes, mais ce n'est vraiment pas le phénomène dominant... Le phénomène dominant est qu'il y a à Cuba, plus de médecins d'origine africaine que dans tous les Etats-Unis. C'est pourquoi le sociologue doit toujours croiser deux types d'analyse, l'une concerne les grandes masses, les statistiques et l'autre l'observation sensible, l'immersion dans la vie quotidienne... Et corriger sans cesse ses &quot;impressions&quot;, ce qui est exactement la démarche inverse de la plupart des &quot;touristes&quot;, y compris &quot;amis de Cuba&quot;...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans oublier, la toile de fond, le contexte international, l'hostilité permanente des Etats-Unis et de leurs alliés européens, mais aussi la montée des résistances. Le haut niveau de politisation des Cubains a toujours cette double dimension : premièrement ils n'oublient jamais le contexte international, les limites, le possible et dans le même temps, ils sont toujours centrés sur la survie, sur le concret. De ce point de vue, le discours de Fidel qui, comme à son ordinaire, passe du mouvement du monde au détail matériel le plus trivial, est tout à fait en symbiose avec l'approche cubaine. Le débat part de la médiation concrète, comment sortir de la période spéciale, pour s'interroger sur le socialisme, sur le devenir de l'humanité ? ... Pour le moment, il est centré sur la médiation concrète...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est difficile à ce stade de rendre compte de l'ensemble du processus, en particulier de mesurer le résultat des mesures « positives », l'électrification, les économies effectivement réalisées, mais aussi en matière de transport la multiplication de nouvelles dessertes avec la province grâce à l'achat massif d'autobus chinois. A ce moment d'observation, on grossit l'effet loupe sur ce qui ne va pas... Là encore, si on cherche cet effet loupe, on le trouve aisément ici comme en France.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;5- Donc quand je décris ce processus, j'introduis un biais :&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que les Cubains tentent de corriger ressemble beaucoup à ce qui naît de la pénurie en temps de guerre : marché noir et système D. Encore aujourd'hui tout Marseille a cette mentalité et cela n'empêche pas la combativité, les travailleurs du Port en particulier, mais les Cubains pensent premièrement que s'il y a socialisme, les gens doivent acquérir une plus haute conscience du bien commun. Deuxièmement, les pratiques de débrouillardise finissent par entamer la conscience révolutionnaire. Ceci pour les petits, ceux qui par exemple travaillent dans une entreprise qui vend des poulets et en piquent un avant de rentrer chez eux. Autre chose encore est le cas des postes à essence où il y a organisation... Ou ce type qui volait les plaques pour les radiographies, sur une grande échelle, ces plaques qui contiennent de l'argent valent très cher et le type en faisait des objets de pratique courant, ce qui était stupide, il a pris vingt ans avec publicité du cas dans la presse...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sont également sanctionnés ceux qui dirigent et qui par leur inertie ou irresponsabilité obligent ceux qui travaillent sous leurs ordres à se &quot;débrouiller&quot;... Tous les directeurs d'entreprise vous le confirmeront, Cuba est un des pays les moins corrompus du monde. Et il faut bien mesurer que le tableau horrifique qui ne peut manquer de surgir du processus de correction, de l'effet loupe qu'il induit, ne doit pas nous masquer ce fait essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La plupart du temps et c'est là le sens des &quot;réunions&quot; qui ont lieu dans les entreprises ou les quartiers, c'est le collectif lui-même qui gère ces questions. Là encore, il est difficile d'expliquer à un Français la force de ces collectifs, leur unité... En tant que sociologue c'est peut-être la chose qui me fascine le plus à Cuba, nous sommes devant de véritables essaims. Il y a un art cubain de gérer les conflits, de les tuer dans l'oeuf... Une sorte de palabre africaine permanente avec un fond d'amicale tendresse... Un Français se sent une brute devant tant de civilisation au quotidien. (4) Le choix socialiste de Cuba, le travail idéologique et politique que depuis tant d'années ce peuple accomplit sur lui-même, sur les valeurs de solidarité, l'élévation de son niveau culturel, ont produit des effets. Affirmer ce caractère des « collectifs » ne doit pas gommer la nature des sanctions qui peuvent être prises et ceci d'abord au plus haut niveau. Le discours de Fidel du 17 novembre annonçait non seulement un processus général d'auto-critique, mais que personne n'en serait exclu, ni protégé. De ce point de vue, là encore ce discours a provoqué une attente dans la population cubaine, mais aussi une méfiance en particulier à l'égard des ministres que dans son discours Fidel interpellait. Il n'y a pas de déchaînement mais la revendication d'une transparence dans la responsabilité. Un des facteurs de la prise de conscience révolutionnaire est justement le sentiment qu'il n'y a pas d'impunité au sommet, mais au contraire que chacun est jugé en fonction de ses responsabilités.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce processus, il y a donc une manière de tabler sur la conviction idéologique, sur « le facteur subjectif » que met en évidence Fidel Castro dans son discours du 17 novembre, mais sans négliger la base matérielle, l'amélioration de la vie quotidienne des Cubains. Au risque de passer pour une matérialiste sordide, ou une marxiste « demeurée », j'ajouterai que quel que soit le haut niveau de conscience politique du peuple cubain dont il fait la preuve depuis tant d'année, les principaux obstacles à vaincre se situent-là... Il est clair, par exemple, que le recours au tourisme est à l'origine de beaucoup des formes de corruption, tout autant que les terribles pénuries. Sortir de la période spéciale en améliorant la vie quotidienne des Cubains est un enjeu, on voit mal aujourd'hui comment Cuba pourrait se passer du tourisme pour cela. Donc Cuba doit développer un processus interne en conservant ce facteur de corruption. Le choix de développement, à l'intérieur des rapports sud-sud où Cuba table sur son haut niveau de qualification sur l'échange de services est amorcé, s'amplifie, mais l'île devra avancer encore à travers de nombreux obstacles, le poids énorme du blocus , le recours au tourisme. Plus généralement c'est à travers les contraintes du sous-développement que Cuba cherche à approfondir son socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'agit ici comme ailleurs de procéder à une critique de gauche, révolutionnaire, de la première expérience socialiste, non pas de tout condamner comme la contre-révolution nous y a incité, mais de mesurer les obstacles sur lesquels le socialisme s'est effondré, parce qu'après vingt ans de néo-libéralisme ces obstacles se sont encore amplifiés. Comment en arrive-t-on au moment de l'effondrement, où un peuple estime ne plus rien avoir à défendre ? Ce sont toutes ces questions qu'abordait le discours de Fidel Castro et auxquelles les Cubains ont choisi de ce confronter non pas dans les mots mais dans les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que je retire de ma première &quot;observation&quot; dans un temps t1 d'un processus est une maîtrise, double maîtrise, premièrement le processus a un objectif prioritaire, améliorer la vie des Cubains, deuxièmement, il ne donne lieu à aucun déchaînement, aucun effet de propagande, le réalisme cubain domine. Il ne divise pas, « l'ennemi intérieur » est en chacun et chacun doit procéder à l'examen de ses carences en collectivité. Il y a beaucoup de finesse, de connaissance des êtres humains, leurs qualités et leurs défauts, en même temps pourtant qu'une tension vers l'utopie autant que la conscience de l'âpreté de la lutte ... Cuba, comme nous l'avons noté, est une société en arme, dans une guerre qui lui est imposée, une armée doit être nourrie, équipée, mais le facteur « subjectif » est essentiel pour l'emporter. Là encore, le fait que le combat devienne celui d'un continent, voir planétaire, donne un rôle nouveau aux peuples qui sont aux avant-postes. Ceux qui opposent à l'impérialisme destructeur le choix d'un socialisme qui reste à inventer. L'objectif et les moyens concrets de le réaliser sont un débat permanent... Avec le souci dont Fidel fait état dans son discours, il affirme que les communistes ne peuvent ignorer le caractère immoral d'un moyen au nom d'un but et il désigne le pacte germano-soviétique comme l'exemple de ce qu'un communiste ne peut accomplir parce qu'il le paye par un discrédit profond...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ca aussi est une des forces de la Révolution cubaine, de ses dirigeants, de Fidel en particulier, il y a la revendication d'une morale politique et celle-ci est partagée par le peuple...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toujours dans le contexte de la réponse à « l'après-Fidel », mon prochain article sera consacré à une tentative d'approche de ce que représente Fidel pour Cuba... Là encore, il faudra mettre en pièce bien des idées reçues...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Danielle Bleitrach&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(1) Nous avons abordé l'analyse de ce processus dans DE MAL EMPIRE, alors qu'il était à peine amorcé, une édition cubaine en espagnol est envisagée. Elle a été améliorée en particulier grâce à une meilleure analyse des rapports sud/sud. Voilà encore un chapitre qu'il faut que je vous expose ne serait-ce que pour éclairer un événement important qui va avoir lieu en septembre 2006, la conférence des non-alignés à la Havane.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(2) Cette décision de revoir la politique énergétique de Cuba a été imposée par les pannes qui ont affecté pendant l'été 2004 l'installation centralisée cubaine, mais aussi par une réflexion politique dont le rapport de Fidel fait état sur l'épuisement mondial des ressources énergétiques, le pétrole, mais aussi le gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(3) Il faudra nécessairement consacrer un chapitre à cette question des entreprises, mais relisez en attendant dans le discours de Fidel tout ce qui a trait à l'industrie sucrière et à ses pratiques d'état dans l'état.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; (4) Si on prend les discours de l'Assemblée populaire de décembre, il faut noter par exemple l'intervention de Fidel où il recommande de ne pas donner de publicité aux sanctions, pour préserver les parents du délinquant, pour ne pas les transformer en opposants au processus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En revanche, le 3 mai est tombé la nouvelle de l'exclusion d'un membre du Bureau Politique, Agramonte, responsable de la province d'Oriente, ainsi que la possibilité qu'il passe en jugement.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Danielle Bleitrach</author>
		<dc:date>2006-05-03T17:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danielle Bleitrach</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Le Pentagone développe ses bases en Amérique du Sud</title>
		<link>http://internationalistes.org/SPIP/article.php3?id_article=130</link>
		<date>2006-03-12 11:41:31</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Au moment où la classe ouvrière et le mouvement progressiste virent rapidement à gauche en Amérique Latine, fortifiant le sentiment anti-impérialiste dans le monde, Washington militarise les Amériques, tranquillement et de façon inquiétante. De la frontière USA - Mexique à de nombreuses autres régions, l'impérialisme US installe de plus en plus de bases dans cette zone et envoie discrètement de plus en plus de troupes et de mercenaires en Amérique Latine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sous couvert de mener la soit-disant « guerre de la drogue » ou de chercher des « cellules terroristes d'Al Qaeda », l'intention réelle de Washington est de se préparer à vaincre les mouvements s'élevant contre l'impérialisme US et qui balayent la région. L'escalade intense de force militaire de Washington est extrêmement dangereuse pour les peuples opprimés des Amériques et devrait être combattue énergiquement par le mouvement anti-guerre aux USA. Comme Conn Hallinan l'écrivait en novembre dernier dans Foreign Policy in Focus, « en effet, cela ressemble un peu à l'escalade des années 60-70, quand des dictatures militaires appuyées par Washington régissaient l'essentiel du continent, et quand des armées (secrètes) dominaient la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'essor de la menace militaire US.
Bien que cela ait été révélé seulement récemment, l'an dernier l'administration Bush a envoyé de 400 à 500 soldats au Paraguay, alarmant de nombreux Latino-américains. Ce déploiement prend place dans le contexte d'une augmentation du nombre de bases militaires US construites dans la région ces dernières années, et dans le contexte du Plan Colombie, une initiative militaire de plus de 3 milliards de $ qui fut passée sous l'administration Clinton. Le Plan Colombie est l'aile militaire du Free Trade Agreement of the Americas (FTAA), en perte de vitesse. Ce qui ne peut être arraché aux peuples d'Amérique Latine par ses opérateurs en costumes trois-pièces, Washington entend clairement le voler par ses agents en treillis militaires. Il y a environ 25 bases militaires US connues ou stations radar basées à terre en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Ceci comprend les bases militaires de Guantanamo, Cuba ; Comalapa, El Salvador ; Reina Beatriz, Aruba ; Fort Buchanan et Roosevelt Roads, Puerto Rico ; Hato Rey, Curacao ; Manta, Ecuador et Soto Cano, Honduras. ?En janvier 2006, Radio Havana de Cuba révélait que le secrétaire de la défense Donald Rumsfeld avait autorisé le développement de bases militaires US à l'été 2005. Ces bases militaires développées étaient appelées CSL (Cooperative Security Locations) et installées à la base aérienne de Mariscal Estigarribia au Paraguay, et ailleurs. D'après Radio Havana ces bases, bien que pourvues d'un relativement faible nombre de soldats, « ont la capacité de mettre en place des opérations militaires sous faible délai ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les développements au Paraguay alarment les progressistes de l'autre côté des frontières de ce pays au Brésil, en Argentine et en Bolivie, où le leader paysan indigène Evo Morales a pris récemment les fonctions de président. D'après un article du Political Affairs de janvier, en décembre 2004, l'administration Bush a annulé 330 millions de $ d'aide à différents pays d'Amérique du Sud parce qu'ils avaient refusé de garantir l'immunité de poursuites aux soldats US pour des crimes commis dans ces pays. Le Paraguay avait signé l'accord d'immunité lors d'une session secrète de son parlement le 26 mai 2005, autorisant un séjour de 18 mois aux soldats US, avec reconduction répétée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les troupes US qui sont arrivées au Paraguay en juillet dernier sont seulement à 120 miles de la Bolivie à une base près de Mariscal Estigarribia, Paraguay.
La base a une piste assez longue pour accueillir de gros avions militaires comme les bombardiers B-52 et les avions cargos C-5 Galaxy. Elle a aussi de la place pour des casernes pouvant accueillir 16000 soldats, un immense système de radar, et de vastes hangars. Alfredo Boccia Paz, un journaliste paraguayen en vue et activiste des droits de l'homme, affirmait récemment que « l'immunité de poursuites pour les soldats US, l'extension de leur séjour et des exercices militaires communs fournissaient tous le travail préparatoire pour l'installation éventuelle d'une base US au Paraguay ». De plus, en juillet dernier, des officiels de haut rang de l'administration Bush (Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Robert Noriega) ont rencontré le vice-président du Paraguay Luis Castiglioni et ont conclu que « des experts iraient bientôt au Paraguay pour développer un planning de séminaires sur des systèmes pour la sécurité nationale ». Le FBI a aussi annoncé qu'en 2006 il ouvrirait un bureau au Paraguay. Les troupes US stationnées au Paraguay ne laissent déjà présager rien de bon. Le Southern Command d'après différentes sources dont Radio Havana, annonçait qu' un exercice militaire de « bruits de sabres » allait se dérouler au Paraguay sous le nom de « Fuerzas Comando 06 (Operation Commando Force 06) ». ?Stan Goff, ancien sergent des forces spéciales US, remarque souvent dans ses dénonciations des interventions US que cela peut induire en erreur de juger de l'impact d'un intervention par le nombre de soldats US impliqués. Si ces troupes sont des forces spéciales, par exemple, elles peuvent entraîner des mercenaires locaux ou paver le chemin pour des milliers de soldats de troupes terrestres. Les officiels de l'administration Bush nient que Mariscal Estigarribia deviendra ou est une base militaire US.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Manta, Equateur. ?En 2001, le Pentagone a subi des critiques pour avoir ouvert une base militaire à Manta, Equateur. La base est située à 20 minutes des frontières de la Colombie déchirée par la guerre. Ceux qui résistent à la domination néocoloniale en Colombie considèrent l'ouverture de cette base comme un acte de guerre. De nombreux membres du Congrès US se sont aussi opposés à Manta et ont essayé de bloquer le projet Manta. Les premiers éléments abrités par la base de Manta ont été des avions de surveillance E-3 AWACS. D'après le Washington Post (25 janvier 2001) avec les troupes et les avions, « Manta deviendra le pivot principal pour les vols de surveillance US au-dessus des vastes région d'Amérique Latine productrices de cocaïne ». Les USA ne payent pas de loyer à Manta. Ils ont signé le contrat avec un ex-président équatorien, Jamil Mahuad, qui a fui en exil aux USA et était accusé d'abus de pouvoir. Un an avant que l'Equateur ait ouvert la base de Manta, il adoptait le dollar US comme monnaie nationale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une rose est une rose.&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le double langage habituel au Pentagone et à Washington, les officiels du gouvernement se sont mis à arranger le langage de la militarisation de l'Amérique Latine pour le rendre acceptable pour le public US. Dans les deux cas de Manta, Equateur en 2001 et de Mariscal Estigarribia, Paraguay maintenant, les officiels du gouvernement appellent les bases &quot;Forward Operating Locations&quot; ou &quot;Cooperative Security Locations&quot; pour éviter de les appeler bases. ?Washington a mal étiqueté la militarisation de l'Amérique Latine comme partie de la « lutte contre la drogue », juste comme certains des médias ont mal étiqueté les Minutemen qui militarisent la frontière USA-Mexique comme des « combattants de la liberté ». En réalité, le renforcement des bases militaires et l'envoi de troupes US a pour but de renverser les mouvements révolutionnaires en essor en Amérique Latine. Cela vise les présidents Hugo Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie et Fidel Castro à Cuba. Mais la marée de la fin de la domination coloniale et impérialiste a tourné en faveur des opprimés, et aucune base militaire ne pourra lui faire rebrousser chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Workers World - Feb 23, 2006 issue&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;http://www.workers.org/2006/world/pentagon-0223/&lt;/p&gt;</description>
		<author>pam</author>
		<dc:date>2006-03-12T10:41:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>pam</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Fédération Syndicale Mondiale : Les leçons d'un congrès</title>
		<link>http://internationalistes.org/SPIP/article.php3?id_article=129</link>
		<date>2006-03-11 08:05:40</date>
		<description></description>
		<author>inter</author>
		<dc:date>2006-03-11T07:05:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>inter</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Une lutte associative et politique majeure !</title>
		<link>http://internationalistes.org/SPIP/article.php3?id_article=127</link>
		<date>2006-03-08 08:43:43</date>
		<description>&lt;img src=&quot;IMG/arton127.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;251&quot; height=&quot;178&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff127.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://internationalistes.org/SPIP/IMG/arton127.jpg'&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS La Seyne, le 13 février 2006
Section de LA SEYNE / Saint Mandrier
8, rue Lagane
83500 LA SEYNE-SUR-MER
à Madame Marie-George BUFFET Secrétaire Nationale du P.C.F.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Objet : Démantèlement du Clémenceau&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Chère camarade,
Les communistes seynois ont été des tout premiers à s'alarmer du projet gouvernemental d'envoyer en Inde l'ancien porte-avions Clémenceau, pour y être démantelé.
Ils ont dénoncé les pérégrinations méditerranéennes du navire et le projet de son désamiantage sur le chantier d'Alang, dans des conditions inacceptables, alors selon le gouvernement, il ne contient « QUE 45 TONNES » d'amiante, et que, a contrario, selon les associations de défense des victimes de l'amiante ou de l'environnement, il pourrait en contenir « 500 à 1000 tonnes ». Dans un cas, comme dans l'autre, ce sont des centaines de travailleurs, pauvres, que l'ont met en danger.
Il ne faudrait cependant pas oublier que dans l'avenir ce seront de nombreux bateaux, &#8211; submersibles à propulsion nucléaire, navires de surface civils ou militaires &#8211; en fin de vie, qu'il faudra traiter. S'agissant des sous-marins lanceurs d'engins il ne sera plus seulement question d'amiante, ou d'autres polluants, mais de produits radioactifs !
La France aurait-elle l'intention de les exporter en Inde, à leur tour, en dépit des recommandations européennes et de la Convention de Bâle ?
Pourquoi n'envisage-t-on pas la création d'un pole industriel, français ou européen, générateur d'emplois, 